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Discussions et Questions  


Lettre à mes parents décédes - 2011/06/04 15:57 Ma thérapeute m'a prêté votre livre "je t'en veux, je t'aime' hier. je l'ai lu et ai écris une lettre que je lui ai lu à l'instant. Elle m'a suggéré de vous l'envoyer.
Pour mieux comprendre ma lettre, ma mère est décédée quand j'avais presque 6 ans d’un cancer et mon père à mes 13 ans.

Cher Papa, Chère Maman,
Chère Maman, Cher Papa,

J'ai 31 ans bientôt 32 ans et j'aimerais vous écrire des choses qui me tiennent à coeur. je souhaiterais pouvoir vous dire enfin au revoir paisiblement. Au revoir et pas adieu.
Vous m'accompagnez chaque jour douloureusement depuis ma naissance et je souhaiterais que cela change en un accompagnement de soutien et de complicité pour les années à venir.

Je pense reconnaître objectivement une part des difficultés que vous avez rencontré dans vos vies et que vous avez géré votre quotidien du mieux que vous le pouviez à cette époque. Cependant, je voudrai vous parler de moi et de ce que j'ai ressenti du temps de votre présence et des conséquences qu'il y a actuellement. Je parle de "votre part de difficultés" car cela m'a permis (et parfois maintenant encore) d'expliquer, de justifier et d'excuser des comportements physiques et verbaux qui m'ont fait mal et polluent encore mon quotidien.

Afin de ne pas être trop générale ou évasive, je vais m'adresser à chacun d'entre vous. Je souhaiterais vraiment que vous entendiez ce que j'ai à dire et respectiez ce que j'ai ressenti.

Papa, j'ai souffert de tes colères qui te faisaient me hurler dessus puis me frapper si je ne faisais pas les choses très bien (trouver un prise électrique par ex) ou ne donnais pas la bonne réponse (jeu du trivial poursuit, la religion, l'école, etc...). Je savais que cela finirait systématiquement de la même manière. J'aurai tellement voulu partager agréablement avec toi toutes tes connaissances. Que je ressente que tu étais fier de moi! Que tu comprennes mes hésitations pour la peur et la terreur que tu m'inspirais alors, et maintenant encore...(bien qu'en quantité moindre, la qualité de cette peur reste parfois la même).
Je ne comprenais pas toujours ce que tu me demandais (le verbe "ôter" en CE1, le "petit" coup de balai). J'aurai aimé que tu me dises les choses clairement avec le vocabulaire adapté à mon âge (CE1) et tes attentes réelles ( balai) afin qu'il n'y ait pas de contradiction entre ta demande - mon résultat et ta réaction.
J'aurai eu besoin de ton soutien et de ton affection dans des situations telles que mon abus sexuel par Ahmed et lorsque j'ai eu 18 en math à l'école primaire. Adulte, je peux comprendre que tu n'as vraiment pas su comment réagir face à cette "bombe" et que tu as préféré le silence et la politesse. Que la réponse "Ca t'étonne?" à mon résultat en math était ta façon (très détournée) de me faire un compliment. Mais, enfant, j'aurai aimé que tu me rassures en m'écoutant vraiment, en exprimant ta colère de ce que j'avais subi, en m'expliquant que mon corps était sacré (mais comme tu me frappais, ce devait être difficile à expliquer sans te contredire), que je n'étais pas responsable et que tu m'aimais quand même; que, oui! c'était une super note!, (que je n'aurai d’ailleurs jamais plus) et que tu en voulais d'autres comme ça car cela me rendait visiblement heureuse.
Je ne sais pas si tu m'aimais d'amour ou plutôt par devoir et ce n'est pas le plus important. Car tu as toujours fais en sorte que je sois nourrie, vêtue et logée. Enfant, j'aurai souhaité que tu me respectes, mon corps et mon esprit, et que tu sois affectueux et que tu m'aides ainsi à me développer pour devenir une jeune femme adulte saine, sereine et confiante.
Or, actuellement, même si je me sens mieux qu'avant, je me sens blessée et lésée et handicapée dans ma vie, et j'ai l'impression de n'avoir fait que survivre.

Maman, tu es partie très (trop) tôt. Je ne t’ai guère connue et ai rempli le manque de ta présence bon an mal an. Cependant, notre relation a dû être très forte car je t’ai pris, jusqu’à aujourd’hui, ce désir intime de mourir, d’en finir.
J’ai ressenti une grande colère lorsque j’ai appris, cet hiver seulement, ton désir (même furtif) d’abandon. Je me suis sentie sans importance ou pas assez importante pour que tu te battes pour la vie et reste avec nous. Ce souhait a fait aussi écho à l’abattement permanent que je ressens à chaque difficulté qui se présente. Cela m’a donné l’impression de vivre intérieurement votre relation à tous les deux (papa et toi): j’avance jour après jour dans le combat et la survie en attendant le prochain obstacle ou la prochaine étape et en espérant ma fin proche (maladie, accident, etc…). J’aurai aimé être rassurée, protégée par toi et que tu me donnes la force d’Etre. Tout simplement Etre.
Papa, Maman, vous m’avez fait mal et vous m’avez fait du mal. Ce que vous avez fait, tout le monde aurait pu le faire. Mais ce dont j’avais besoin venant de vous en particulier, seuls vous pouviez me l’apporter. Cela m’a manqué. Cela me manque encore.

Cependant, j’aimerai avoir maintenant, à défaut de votre soutien et de vos encouragements pour y parvenir, la liberté de devenir une personne épanouie. Et je serais ravie de vous sentir à mes côtés si vous le souhaitez.
Toutefois, et j’espère idéalement m’y tenir, si j’ai l’impression que vous m’empêchez de faire mon chemin, je me permettrai de continuer ma route sans vous, mais avec de « belles personnes » je l’espère, en sachant que je vous ai dis ce que j’ai sur le cœur.

Votre fille.

Un (clin d’œil et un) Merci à ma thérapeute d’E(ê)tre ainsi que pour son soutien. Vous allez me manquer mais vous le savez déjà. Merci Mme Filliozat de m’avoir aidé par votre expérience et votre livre à réaliser ce « courrier ».
Je suis curieuse et interéssée si vous avez des choses à dire au sujet de ma lettre.
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