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Discussions et Questions  


témoignage de lettre à ma mère - 2008/11/24 12:45 TEMOIGNAGE ET CONTRIBUTON
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Montpellier,
Le 1er juillet 2008

Maman,

Actuellement, je fais une psychothérapie pour réparer toutes mes blessures d'enfant que tu as ignorées et si je t’écris c'est parce que je souhaite à présent avoir des relations sincères, d’adulte à adulte avec toi.

Je sais que tu es une adulte responsable, intelligente, que tu as un cœur, et que tu peux m’entendre et assumer ta responsabilité de mère qui n’a pas toujours été une bonne mère aimante et sécurisante pour moi.

Je t'en veux maman des faits suivants dont je me souviens qui m’ont blessés, marqués, perturbés et fragilisés, enfant :

· Je t’en veux, maman, d’avoir plusieurs fois explosé de colère dans la cuisine en ma présence, en hurlant et en cassant des assiettes. Je me suis senti terrorisé, j’ai eu très peur, j’étais complètement paralysé. Et je me sentais perdu, sans comprendre ce qui se passait. J’ai ressenti de la honte également par rapport aux voisins qui entendaient tout. On n’a pas le droit de faire ça à un enfant, on n’a pas le droit d’être violente et de mettre sa vie en danger devant un enfant.
Maman, j’aurais eu besoin que tu me protèges, que tu m’apportes de la sécurité, ou au moins que tu m’expliques ce qui se passait et que tu me prennes dans tes bras, pour me rassurer, et accueillir ma terreur d’enfant. Je suis resté seul des années avec ces terreurs d’enfants, perturbé, angoissé, sans personne à qui parler, et sans comprendre qui se passait en moi.

· Je t’en veux, maman, qu’un dimanche où nous partions pour niort de sault chez mamie, tu ai hurlé « j’en ai marre, je veux sortir, [et quelque chose comme] je veux en finir ! » et que tu ai ouvert la porte de la voiture en pleine vitesse. J’étais derrière toi sur le siège arrière. J’ai mis les bras pour te retenir. Je me suis senti terrorisé et perdu. J’ai eu peur que tu te fasses du mal, j’ai eu peur de te perdre. On n’a pas le droit de faire ça à un enfant.
Maman, j’aurais eu besoin que tu me protèges en exprimant ta colère sans violence, ou bien au moins que tu écoutes la terreur que j’ai ressenti, que tu me prennes dans tes bras pour me rassurer, que tu m’expliques ce qui s’est passé et que tu t’excuses. Je suis vraiment très colère que tu aies fait cela devant moi et que tu ne m’aies jamais rassuré, parlé ni écouté après cet évènement violent et terrifiant pour le petit enfant que j’étais.

· Je t’en veux maman quand certains dimanches soir tu fermais la porte à clé à papa à son retour de week-end de chasse, que tu hurlais de colère dès qu’il rentrait, parfois tu lui criais par la fenêtre, et que ce soit moi qui quelques fois aille ouvrir la porte à papa. J’avais très peur que ça dégénère, qu’il y ait de la violence, et je me sentais très en colère contre toi. On n’a pas le droit de faire ça à un enfant.
Maman, j’aurais eu besoin que tu me protèges de cette violence verbale, et que tu règles tes colères entre adulte, en me laissant en dehors de cela, et que tu respectes ma joie d’enfant de retrouver son père.

Ces peurs face à tes débordements imprévisibles et violents m’ont mis en alerte permanente, en anxiété, et j’étais prêt à intervenir quand je pressentais un danger ou quand j’entendais le ton monter. J’avais souvent peur, j’étais préoccupé et tes comportements m’ont fragilisé.
Mon corps manifestait ces peurs par des tics. Je contenais ma peur. Et je ne voulais pas te décevoir, te parler de ce que je ressentais, de peur de te déstabiliser, de te fragiliser et de te faire encore plus de souci. Et je n’avais plus confiance en ta capacité à m’accueillir, à m’écouter, à prendre soin de moi, pas sur le plan matériel (cadeaux, etc) mais sur le plan affectif.
J’ai ressenti de la solitude, un grand vide affectif, personne à qui me confier, personne auprès de qui avoir un soutien.
Maman, j’aurais eu besoin que tu m’apportes de la sécurité pour me permettre de me sentir serein, le cœur léger, pour m’amuser et prendre du plaisir, avec l’insouciance d’un enfant, et me sentir libre d’être et d’exprimer ce que je ressentais, et pouvoir exprimer ma colère librement.

· Je t’en veux, maman, de m’avoir laissé pleuré les soirs où tu me laissais à la Guinette en vacances, et d’être partie en me laissant en vacances seul là-bas alors que je ne voulais pas rester sans toi. Je me sentais triste, seul, déprimé, sans grande envie ni joie durant ces vacances passées là-bas, et j’attendais que le temps passe pour retourner à la maison.
Maman, j’aurais eu besoin que tu accueilles mes pleurs, que tu me rassures, et que tu respectes ma demande en me gardant auprès de toi. J’aurais aimé passer plus de temps auprès de toi.

· Je t’en veux, maman, d’avoir souvent insulté mamie de niort devant moi. Je me sentais blessé et moi-même insulté, car c’était ma grand-mère, et c’est comme si tu insultais une partie de moi. J’avais aussi peur que ça dégénère en violence avec papa.
Maman, j’aurais eu besoin que tu règles tes colères en privé, entre adulte, pour que je me sente en sécurité, et également que tu me respectes en n’insultant pas devant moi des personnes proches, de ma famille.

· Certains soirs de réveillon de noël, tu pleurais en famille. Je me sentais triste et très inquiet de te voir pleurer sans savoir ce qui se passait.
Maman, j’aurais eu besoin que tu t’occupes de ton mal être et que tu me protèges de cela les soirs de noël, ou alors que tu me rassures en m’expliquant ce qui se passait pour toi, en me rassurant, en me prenant dans tes bras et en écoutant ma tristesse et mon inquiétude d’enfant. J’aurais aimé pouvoir profiter de ces moments de fête le cœur léger et joyeux.

· D’autres, fois, je te voyais pleurer à la maison, ou bien prendre des médicaments, mais sans savoir ce qui se passait pour toi, sans comprendre non plus. Je me sentais inquiet et préoccupé.
Maman, j’aurais eu besoin que tu me parles, me rassures, mais aussi que tu t’occupes de ta souffrance, que tu prennes de soin de toi, ça m’aurait préservé et je me serais senti en sécurité.

· Certains dimanches, on passait des journées tous les deux, tu regardais la télé, et j’avais l’impression que tu étais triste, malheureuse, que tu t’ennuyais ou que tu attendais que le temps passe sans véritable envie de faire quelque chose. Je percevais cette ambiance, c’est ce que je ressentais. J’étais inquiet, et également frustré, en colère de passer des dimanches comme ça.
Maman, j’aurais eu besoin de sentir une ambiance plus légère, qu’on sorte s’amuser, et besoin de me sentir protégé de ton mal-être, pour que je puisse m’amuser en étant rassuré et pouvoir m’éclater, m’amuser, vivre pleinement comme un enfant rempli d’envie et d’énergie.

Enfant, je me rends compte que je me suis adapté à toi, en étant un gentil garçon, en ne faisant pas de bêtise, en étant sage, en faisant attention à ce que je faisais, en faisant semblant, en mentant ou en ne parlant pas, bloqué, soucieux, préoccupé et enfermé sur moi-même.
Je contenais mes émotions, je n’exprimais jamais ma colère alors que j’en avais plein le ventre, pour te protéger et ne pas te faire de souci, ne pas faire de vague et éviter disputes et violence. J’étais plus préoccupé de savoir comment tu allais, que de savoir comment je me sentais, de quoi j’avais besoin, de te dire ce dont j’avais envie et de te faire des demandes. Je n’osais pas de peur de te déstabiliser, de te causer du souci.
Je me rends compte que j’ai cherché à te protéger et à te faire plaisir pour tu ailles bien, c’était la seule possibilité pour moi de me sentir rassuré.
Mais un enfant n’est pas là pour protéger sa mère. C’est impossible pour un enfant ou alors c’est déstabilisant. C’est la mère qui protège son enfant, lui apporte de la sécurité, se préoccupe des besoins de son enfant.
Maman, j’aurais tant aimé que tu prennes soin de ta souffrance, ça m’aurait sécurisé, allégé.
Et j’aurais aimé que tu sois plus attentive, plus disponible à moi, à mes ressentis et mes besoins.
J’aurai vécu et grandi plus en sécurité et en joie. Mais là non, j’ai beaucoup contenu d’émotions et je ne me sentais pas heureux : au fond de moi, je me sentais seul et triste.

· Je me rends compte aujourd’hui que j’ai peu de souvenir d’avoir reçu de la tendresse de ta part, que tu m’aies serré dans tes bras, d’avoir partagé des moments d’intimité, d’avoir reçu des caresses, des massages, et d’avoir entendu des mots d’amour comme je t’aime mon fils, mon chéri, mon amour, mon lapin. Cela m’a énormément manqué et j’ai ressenti de la solitude et un vide affectif.
Maman, j’aurais eu besoin de tendresse, de douceur, de contact corporel, de contenance, et d’amour, de t’entendre souvent me dire « je t’aime ».

Je n’avais pas besoin que tu me donnes seulement sur le plan matériel (cadeaux, argent, etc). J’avais aussi besoin que tu me donnes sur le plan affectif (de la tendresse, de l’écoute, et des marques d’amour).

· Je t’en veux, maman, de m’avoir amené faire des consultations chez un psychologue à l’âge de 14 ans, sans prendre en compte mon avis, ni avant, et sans en parler après avec moi. Aucun mot. Je me suis senti en colère et inquiet. J’y suis allé pour te faire plaisir et te protéger, parce-que tu avais du souci et que je ne voulais pas te faire de la peine. En plus, je me sentais coupable de te faire dépenser de l’argent. Et je voulais que ça ne traîne pas pour ne pas dépenser trop d’argent. Je me demande à quoi ça a bien servi. A obéir pour te faire plaisir, et me couper une fois de plus de mon véritable besoin, de ma véritable envie. Et c’est normal de traverser des périodes de difficulté pour un adolescent, encore faut-il que l’adulte le comprenne et ait la sagesse de l’écouter. Une fois de plus, ce que je ressentais et ce dont j’avais besoin n’étaient ni entendu ni respecté. Je me suis senti anormal d’aller chez ce psy et j’avais peur également.
Maman, j’aurais eu besoin, en tant qu’adolescent, d’être écouté et entendu, par toi plutôt que par un psychologue, j’aurais eu besoin d’être épaulé, que tu t’intéresses à ce que je ressentais, à ma souffrance, j’aurais eu besoin de me sentir entendu et respecté dans mon envie d’aller ou pas chez ce psy. J’aurais aimé aussi qu’on parle de tout ça après les séances que j’ai faites. On n’en a jamais parlé par la suite. Pas un mot sur ça. Ca m’aurait rassuré et éclairé.
· Je t’en veux, maman, des disputes nombreuses et répétées avec papa : jugements, critiques, menaces, coups, et une ambiance de tension plus ou moins permanente. Tu n’étais pas la seule, papa est aussi responsable de ça.
Je me sentais triste de genre de relations, j’ai eu très peur des moments de violence qui se sont passé, et j’avais peur ensuite que ça dégénère en violence ; et puis j’étais en colère par ces comportements violents ou agressifs, et insécurisant, et fatigué par ces conflits répétés.
Maman, j’aurais eu besoin que tu règles tes conflits, tes colères et tes désaccords entre adultes, en dehors de moi, et dans le respect, avec affirmation certes mais sans violence verbale ni physique, pour me protéger et pour me donner un modèle d’adultes qui gèrent leurs désaccords dans le respect.

· Je t’en veux, maman, de m’avoir souvent pris à parti dans tes disputes avec papa, en disant « lionel il pense comme moi, hein lionel ? » ou « lionel il pense comme moi que tu es pénible jo », etc, etc, etc. Papa faisait ça aussi, il me prenait aussi à parti contre toi.
Je me sentais mal à l’aise d’être mis entre toi et papa comme ça.
Je me sentais également triste de cette position et de ces disputes. Tu me demandais de choisir un camp, alors que moi j’avais besoin de l’amour et du soutien de toi et de papa, de mes deux parents. Et puis ça me mettait en colère car j’avais l’impression que tu m’utilisais pour te défendre contre papa.
Maman, j’aurais eu besoin que tu règles tes conflits seule avec papa, que tu me laisses en dehors de ça, et que tu respectes ma place d’enfant qui a besoin de ses deux parents, qui aime ses deux parents de la même manière, et qui a besoin de la protection et de l’amour de ses deux parents.

· Je t’en veux, maman, de m’avoir très souvent coupé la parole quand je parlais, notamment quand j’étais à table et que je voulais m’exprimer.
Tu n’étais pas la seule, papa faisait ça aussi. Je me sentais en colère et à force j’avais peur de prendre la parole pour parler, même des fois je me rappelle que je bégayais.
Maman, j’aurais eu besoin d’écoute, besoin que tu me laisses m’exprimer, mais aussi besoin de respect de mon temps de parole.

· Je t’en veux d’être régulièrement entré dans ma chambre, sans frapper à la porte.
Ca me mettait très en colère. Je ne me sentais pas respecté dans mon intimité et mon espace privé.
Maman, j’aurais eu besoin d’être respecté dans mon espace privé, que tu frappes à la porte de ma chambre avant d’entrer et que tu me demandes la permission d’entrer, avec la liberté pour moi d’accepter ou pas.

· Ca me mettait aussi très en colère que tu juges ou fasses des commentaires sur mes copains, « ceux-là ils sont bien, ceux-là ils sont pas bien ». C’était insupportable, étouffant et blessant.
Maman, j’aurais eu besoin que tu te mêles de tes affaires, que tu respectes mes choix et que tu me laisses tranquille. Une nouvelle fois, je me sentais privé de liberté et je vivais ça comme de l’intrusion dans ma vie privée et mes choix personnels.

· Vers 18-22 ans, quand tu me disais de passer le concours d’instituteur ou de fonctionnaire, ça me mettait en colère, ça me gonflait et ça m’inquiétait en même temps. Je n’étais pas le prolongement de tes désirs, de tes envies qui t’appartiennent à toi, mais qui ne m’appartiennent pas à moi. J’avais et j’ai des envies et des désirs différents des tiens. Mais aussi des difficultés à choisir un métier.
Maman, j’aurais eu besoin que tu prennes le temps de m’écouter, tranquillement, que tu me rassures par rapport à mon avenir, que tu m’aides à choisir ce que moi, au fond, j’avais envie de faire, que tu me laisses libre de choisir mon orientation, sans pression ni conseil, et puis j’aurais eu besoin d’une maman qui me fasse confiance et qui ne me fasse porter sa peur de ne pas trouver du travail.




Tu n’es pas la seule responsable de mes blessures et de mes manques, papa a aussi ses responsabilités. Mais je te demande de garder cette lettre entre nous deux et ne pas intervenir entre papa et moi, car je souhaite discuter de tout ceci avec lui directement quand ce sera le moment pour moi.

Avec tout ça, j’imagine que tu étais en souffrance, et que tu as fait ce que tu as pu. Et puis je sais qu’aujourd’hui tu ne peux pas revenir en arrière ni effacer ce qui a été.

Cependant, tu peux faire une chose pour moi aujourd’hui : me dire que tu reconnais mes blessures, que tu te rends compte et que tu comprends ce que j’ai ressenti et vécu enfant, et aussi me dire que tu reconnais ta part de responsabilité dans mes blessures et mes manques.

Si tu veux t'excuser, ce serait réparateur pour moi, cela contribuerait à me libérer, et cela me permettrait de me sentir véritablement aimé et plus proche de toi.

Pour cela, je te demande la chose suivante : je souhaiterais que nous passions une journée ensemble, tous les deux, que tu m’offres le restaurant puis que nous prenions le temps de nous balader ensemble, pour parler de tout ça. Je réfléchis à un lieu qui me conviendrait.

J'attends que tu me répondes et que tu me dises si tu acceptes ma proposition.

Je t’embrasse.

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Après notre rencontre organisée en septembre 2008, une dernière lettre pour clarifier certains points :

Montpellier,
Le 13 septembre 2008



Maman,

Au lendemain de notre rencontre, je t’écris pour te dire ce que je ressens et te préciser certaines choses.

J’ai été touché de notre rencontre de vendredi dernier, car c’est la première fois en trente quatre ans que j’échange avec toi de manière aussi profonde, que tu me parles de toi, de ce que tu ressens, que je te parles de moi, de mon ressenti, et que nous nous exprimons de manière vraie. Je me suis senti proche de toi. J’ai ressenti de l’amour pour toi.

Je suis également touché que tu te sois déplacée seule en voiture, chose inhabituelle et, tu me l’as dit, pas évidente pour toi, et que tu aies accepté de m’entendre parler de propos qui sont douloureux pour toi. Je me sens reconnaissant également que tu m’aies offert le restaurant.

Ce que je ressens c’est qu’en me donnant (faire le trajet-venir vers moi, m’offrir le restaurant, accepter de parler et de m’entendre), tu reconnais mes blessures d’enfant que je suis en train de réparer. C’est aussi une marque d’amour de ta part.

Par ailleurs, je repense à comment tu as réagi hier à certains de mes propos, c'est-à-dire :
· à ton étonnement par rapport aux blessures que je t’ai exprimées,
· à la comparaison que tu fais de moi avec Pascale, qui elle ne ressentirait pas les mêmes choses que moi,
· et au fait que tu me dis que j’exagère, au fait que tu minimises les difficultés que t’ai exprimées (« on a tout fait pour toi !! », « je comprends pas, quand même !! », « mais regarde ta sœur !! », « toi et pascale vous êtes ma raison de vivre !! » etc…).

Quand je repense à cela, je me sens en colère et blessé parce que je ne me sens pas reconnu, compris ni respecté. Comme si je sentais faux, comme si je n’avais le droit d’être en colère, ou comme si j’étais anormal. En te justifiant, tu minimises mes blessures : je me sens rejeté, pas reconnu, pas respecté dans mes blessures. Et finalement, cela n’enlève en rien mes blessures, au contraire.

Ceci me renvoie à ce que je t’ai écris dans ma lettre et à ce que je t’ai dit vendredi dernier : à ma blessure de petit garçon qui n’a pas pu être entendu, compris et accepté par sa maman (et son papa) dans ses colères, dans sa tristesse et dans ses peurs. Et qui se sentait seul et impuissant. Et en conséquence, ce petit garçon, puis cet adolescent n’a pas eu envie de parler de lui par crainte d’être jugé, incompris ou rejeté.
Ainsi, vendredi dernier, en me comparant ou en minimisant mes propos, tu faisais la même chose que quand j’étais enfant : mes besoins d’être reconnu, compris, accepté et respecté dans mes émotions, mes blessures, mes manques, n’étaient pas respectés
Je voudrais que tu saches que tous les enfants ont ce besoin d’être reconnu par leurs parents, compris et respecté dans leurs émotions de colère, de peur et de tristesse. Et aussi le besoin d’être libre de les exprimer. J’ai tellement contenu, enfoui, camouflé mes émotions par manque d’écoute et de compréhension que c’est ressorti très douloureusement adulte, et que j’ai moi-même encore aujourd’hui de la difficulté à me reconnaître, à accueillir ma propre vulnérabilité.

Ceci étant, je sais qu’aujourd’hui tu ne peux plus rien faire pour moi, mon « enfant intérieur ». C’est à l’adulte et à l’homme que je suis devenu de prendre soin de ses blessures.
Par contre je te demande, dans nos relations d’adulte, de respecter ce que je ressens, en ne faisant pas de jugement ni en me comparaison avec d’autres. Si je me sentais jugé ou non respecté, je te dirais stop.

Ce que j’imagine de toi, de ta réaction (ton étonnement, la comparaison avec Pascale, le fait que tu minimises mes propos), c’est que ce doit être difficile pour toi de comprendre mes blessures. En effet :
· Je pense qu’une mère (ou qu’un père) qui ne reconnaît ses propres blessures, ses manques, et qui n’a pas exprimé de colère à ses parents peut difficilement entendre, se rendre compte et comprendre les blessures, les manques, les besoins et la colère de son fils, ni reconnaître sa propre responsabilité de parent.
· Je pense que si soi-même en tant que parent on n’a jamais remis en cause ses parents alors il doit être difficile de se sentir remis en cause par ses enfants.
· Je pense que si soi-même on ne s’est pas réparé de ses propres blessures, entendre les blessures de ses enfants doit être douloureux car ça doit réveiller des émotions enfouies depuis longtemps, car jamais exprimées ni réparées.
· Enfin, s’entendre dire et se rendre compte qu’on n’a pas été un parent parfait peut aussi être douloureux.

Je peux donc comprendre que ce soit difficile pour toi d’accueillir et de comprendre mes blessures ; je mesure la difficulté pour toi.

Concernant ton désir que j’ailles mieux. J’entends que tu aimerais que je sois heureux, que je me sente serein. Je trouve naturel qu’une mère souhaite que son fils soient heureux.

Simplement, être heureux ne se fait pas sur commande. Réparer mes blessures pour me sentir en paix et heureux est un processus qui demande du temps. La psychothérapie m’a libéré de mes émotions douloureuses enfouies, m’a fait grandir et mûrir.
Maintenant, quant au fait d’aller mieux, moi j’ai envie de respecter le rythme de mon évolution, et d’accepter aussi de me sentir certains jours vulnérables, en difficulté. Je ne peux donc pas répondre à ton désir que j’aille mieux. Cela se fera pour moi avec le temps.

Enfin, concernant ton désir que nous ayons une meilleure relation, et que je sois comme avant.

Tout d’abord, je ne suis plus le petit lionel que tu aimais, gentil, jamais en colère, et souvent présent à la maison. J’ai changé, j’ai évolué, je suis aujourd’hui en contact avec ma colère, avec mes besoins, et je suis diférent de toi. Je ne suis plus le lionel que tu appréciais et que tu souhaiterais retrouver. C’est fini. Je vis ma vie. Et tu vis la tienne.
Je ne souhaite plus m’adapter, porter un masque, ni me cantonner à un rôle de gentil garçon qui fait plaisir à maman ; je souhaite juste être moi, être vrai, et vivre ma vie. Je te laisse la liberté et le choix de m’accepter tel que je suis, et de t’ouvrir à l’adulte et l’homme que je suis aujourd’hui.

Par ailleurs, concernant notre relation, j’entends que tu voudrais une meilleure relation. J’ai compris que tu souhaitais que nous échangions davantage, que tu aimerais te sentir plus proche de moi. Si ce n’est pas ce que tu voulais me dire, est-ce que tu pourrais me préciser ce que tu souhaites ?

Pour moi, je te redis et je te précise que je souhaiterais avoir avec toi une relation d’adulte à adulte, c'est-à-dire une relation vraie et intime qui consiste :
· à nous dire quand nous sommes en désaccords,
· à être sincère, et à ne pas cherche à faire plaisir à tout prix, à pouvoir se dire non,
· à pouvoir parler de soi un peu plus souvent (de son ressenti, de soi, de sa vie),
· à échanger si possible de la tendresse (se prendre dans les bras pour se dire au revoir par exemple), si on en a envie sur le moment.

Pour moi, ce genre de relation a du sens et me nourrit.


Voilà,

Je t’embrasse.

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Conséquences : ce que je ressens quelques semaines après cette déamarche, la lettre et la rencontre avec ma mère, c'est que la relation à ma mère a changé. Je me sens plus proche de ma mère, je me sens empathique à son égard lorsque nous nous revoyons, je suis touché par la personne qu'elle est, touché et empathique tout en gardant le contact avec ma puissance, tout en restant conscient de mes manques. j'arrive maman, alors qu'avant c'était ma mère.
J'imagine que je commence à ressentir du pardon, mais ceci n'est que le résultat, un ressenti, pas une décision de style, "ça y est, j'ai apardonné à ma mère".

Par ailleurs, cette démarche a ouvert de nouvelles blessures, rages, à l'égard de mon père cette fois, lui qui a été si important et pourtant absent dans ma vie et dans ma thérapie.
Le travail continue ...

NB : pour écrire cette lettre, je me suis fait accompagné par ma psychothérapeute.

Chaleureusement,
Lionel
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Re:témoignage de lettre à ma mère - 2008/12/08 09:38 Bonjour Lionel,
Je suis contente que votre lettre ait pu être entendue par votre maman et que vous ayez pu vous rencontrer. Votre lettre contenait encore des jugements et votre mère aurait pu se fermer en les lisant. Elle a décidé de passer par dessus ces restes de jugements et de s'ouvrir à la relation. Preuve que même lorsque nous ne nous exprimons pas "parfaitement" l'intention peut être saisie par l'autre, et que le désir de se retrouver et de se rencontrer a été plus fort que la peur.
Merci pour votre témoignage et bonne route à tous deux sur ce chemin de réconciliation.
isabelle et sandrine
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Re:témoignage de lettre à ma mère - 2009/01/06 14:37 Bonjour Isabelle,
Bonjour Sandrine.

Je suis touché par cette réponse que je vis comme une marque d'attention à ma démarche thérapeutique et de de réparation.

Je reconnais en effet quelques jugements dans la lettre à ma mère, ce sont des "restes" de colère encore pas tout à fait déchargées quand j'ai entrepris cette démarche.

Belle continuation à chacune sur le chemin des émotions et de votre contribution aux autres.

Chaleureusement,
Lionel
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