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Discussions et Questions  


Lettre à mes parents - 2006/07/08 12:22 Chère Isabelle,

J?ai lu avec beaucoup d?attention deux de vos livres que j?ai trouvé très bien écris et très accessible, je vous en remercie, car ils m?ont aidé à comprendre des choses en moi et de mon passé.

Le premier «Au c?ur de émotions de l?enfant » je l?ai lu pour rentrer en contact avec la petite fille que j?étais et m?aider à évoluer et comprendre d?où venait mes souffrances.

Le deuxième, « Je t?en veux et je t?aime » je l?ai lu pour mieux assimiler et comprendre la responsabilité de mes parents dans mes souffrances.

Je vois régulièrement depuis Février une psychologue et de ses conseils et de mon envie soudaine est née cette lettre à mes parents.
Malheureusement tout s'est très mal passé. Je leur ai donné il y a deux mois, ils m'ont d'abord écoutés, très choqués de mes propos, puis quelques jours après ils se sont retournés ensemble contre moi en m'expliquant que c'était pour mon bien et que j'étais une enfant difficile et qu'ils ont du être dur avec moi pour que je devienne ce que je suis !! Pour moi, ils ont refusé de m'entendre et ont tout rejeté. Maintenant je vais de plus en plus mal, j'ai perdu tous mes repères et je me sens seule.

Que pensez-vous de cette lettre, ai-je été incriminante ou provoquante ?? Je ne le pense pas, mais tout ceci s'est transformé pour moi en une grande culpabilité.


Merci de votre attention.



***********************************************************************

Papa, Maman,

Je vous écris cette lettre aujourd?hui parce que j?ai besoin de vous dire et j?ai besoin que vous sachiez pourquoi lorsque vous me voyez, je suis toujours aussi triste.

Aujourd?hui, j?ai besoin d?avancer dans ma vie, mais je n?y parviendrais jamais tant que je n?aurais pas fermé cette porte, tant que je n?aurais pas crié toutes mes souffrances.

Je n?étais qu?une petite fille de 12 ans qui ressemblait déjà à une jeune fille, mais au fond de moi mes rêves étaient ceux d?une enfant. Oui Maman tu m?as défendu, oui tu as bien réagi, mais ensuite, tu as fait comme Papa a dit. Vous m?avez laissé tombé.
J?étais là dans la cuisine encore terrorisée, mon corps et mon esprit faisaient deux et vous lui avez ouvert la porte, vous l?avez écouté, vous l?avez pardonné. Vous êtes venu me voir dans la cuisine, alors que je pouvais à peine parler, tellement j?étais choquée et vous m?avez dit : « on dira rien à personne » « il faut que tu promettes d?en parler à personne car on a promis qu?on en parlerait pas, Jamais. »
Un enfant croit tout de ses parents. Les parents sont un exemple pour l?enfant, ce sont eux qui détiennent la vérité et ce sont eux qui nous apprennent. Ce soir là d?octobre 82, j?ai perdu toute confiance en vous. Vous m?avez laissé tombé, vous m?avez laissé croire que « le qu?en dira t?on » était plus important que l?amour d?un enfant.

Ensuite les années ont passé, j?ai gardé ce secret qui était devenu un sujet tabou enfoui dans moi. Je faisais des cauchemars de chats la nuit et je refusais toutes vos grandes théories sur ce qui est bien et ce qui est mal.

Comment des parents qui n?ont pas su écouter leur enfant peuvent savoir ce qui est bien ou ce qui est mal pour lui ???

De plus en plus, je me suis « rebellée » comme vous disiez tout le temps. Je suis devenue, la méchante, l?enfant maudit de la famille.
« Elle travaille mal à l?école, elle pense qu?à s?amuser, elle n?est pas sérieuse, elle parle mal, elle se tient mal à table, elle a de mauvaise fréquentations, elle fait rien de ce qu?on lui dit, elle fait tout le contraire, elle pense mal ? ».

Rien, rien de tout ce que je faisais était bien. En fait peut-être que oui, mais j?avais besoin d?être écouté, j?avais besoin que l?on me respecte, j?avais besoin d?être encouragée et j?avais besoin d?être aimé. Je voulais attirer votre attention, je voulais que l?on écoute mon c?ur.

Plus les années ont passé et plus je suis devenue le souffre douleur de toute la famille. Même mon frère et ma soeur ne me respectaient plus. Ils se moquaient de moi tout le temps et vous aussi tous ensemble, vous rigoliez de moi devant moi.

« Marie, elle est bête ! elle ne comprend rien, elle sait rien, elle fait des fautes, on rigole de Marie. Elle est gentille, elle dit rien ! » Là encore, vous ne m?avez pas défendu.

« Pauvre fille », tu me disais tout le temps. J?entends encore ça résonner en moi et toutes ces insultes que tu m?as dite, maman, tous ces mots qui m?ont blessés. Je ne disais rien, non, j?encaissais. J?attendais, je savais qu?après, tu serais gentille avec moi, alors en attendant, je me disais que tu ne le pensais pas.

Mais aujourd?hui, je souffre de toute cette méchanceté que vous m?avez envoyé dans le c?ur ; de tous ces moments où vous ne m?avez pas écoutée. De ce que je n?étais pas importante à vos yeux. Je n?étais qu?une pauvre fille, la ratée de la famille !

Comment j?aurais pu vous faire confiance. Tous ces garçons auprès de qui je me suis réfugiée dans l?espoir de trouver enfin une reconnaissance de l?amour et du respect. Non, ils n?ont pas tous été bien pour moi, mais dans un premier temps, ils m?apportaient de l?amour et j?en avais besoin. J?avais besoin de sentir que j?étais importante pour quelqu?un.

Si j?ai réussi ma vie professionnelle, c?est parce que j?avais de la hargne et de la rage. Il fallait que je vous prouve que j?étais capable ! que je n?étais pas l?abrutie que vous m?avez toujours fait croire que j?étais.
Par la suite, ma motivation la plus forte a été de montrer à Jean, qui lui me respectait, de quoi j?étais capable. Je voulais qu?il soit fier de moi et qu?il soit content de m?avoir fait confiance. Et enfin, j?ai trouvé dans mon travail ce respect et cette reconnaissance que j?attendais depuis toujours.

Maintenant, je veux faire un enfant. Mais je n?y arrive pas, je me dis que je ne le mérite pas. Au fond de moi, je suis toujours cette petite fille blessée parce qu?on lui a toujours dit que ce qu?elle faisait était mal. Mes idées et mes envies étaient mauvaises. Je n?étais qu?une idiote à vos yeux.
Comment une enfant qui n?a pas confiance en elle, parce qu?elle n?a jamais été soutenue et encouragée par ses parents, peut devenir une adulte capable d?aimer un enfant.
Je n?ai tellement pas confiance en moi que j?ai peur de ne pas être à la hauteur.

En vous écrivant cette lettre aujourd?hui, je ne souhaite pas vous faire de mal, je veux juste me réparer. J?ai besoin de donner à cet enfant qui sombre en moi, sa vraie place. J?ai besoin que vous compreniez combien je vous aime et combien votre manque d?écoute m?a fait souffrir.

Je sais que vous avez toujours voulu bien faire et cru bien faire pour nous. Mais voilà, parfois on se trompe.

Je veux refermer cette porte sur mon enfance et pour cela j?ai besoin de vous, de votre confiance et de votre amour. Personne d?autre ne pourra jamais m?aider à cela.
C?est vous qui m?avez mise au monde, c?est à vous de me lancer dans ma vie d?adulte pour que je devienne un parent responsable.
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Re:Lettre à mes parents - 2007/09/24 19:02 Bonjour, il manque un certain nombre de choses dans cette lettre pour que vos parents puissent l'entendre. tout d'abord, vous ne nommez pas ce qui s'est passé, comme si vous en aviez honte, et surtout ainsi faisant, vous continuez de respecter leur loi : on n'en parle pas. Ils mesurent à cette manière de vous exprimer, que vous n'êtes pas prête à les remettre vraiment en cause, qu'ils ont encore du pouvoir sur vous. Donc ils peuvent éviter de regarder leur culpabilité.
deux : vous en dites trop. Manifestement ce qui s'est passé à douze ans est déjà un gros paquet. A mon avis, il vaut mieux rester centré dessus. Le reste, les moqueries, tout, viendra après. C'est déjà un gros morceau pour eux à affronter. S'ils ont autre chose à considérer, ils vont s'y attacher et ne pas parler de ce drame. (un viol ?)
vous ne dites pas ce que vous auriez attendu d'eux : qu'ils dénoncent l'agresseur et portent plainte. tant que vous ne le dites pas, ils ne voient pas forcément que c'était une option et peuvent continuer de considérer qu'ils ont agi pour le mieux dans la famille.
Vous pouvez tout à fait vous réparer sans leur parler de tout cela. En revnache poru rétablir la relation avec eux, il vous faut leur parler, leur dire, obtenir réparation.
la réparation que vous demandez n'est pas claire. S'ils ne savent pas exactement ce qu'ils ont à faire, ils fuiront. C'est trop difficile.
allez, la route n'est pas finie !
chaleureusement
isabelle
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