sunny
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lettre à ma mére - 2008/08/14 19:15
Chère Isabelle
j'ai écrit cette lettre sans avoir l'intention de la poster pour l'instant. En ce moment, les douleurs sont encore trop grandes, les plaies à vif, des envies de meurtre, bp de haine, de rage ..... J'ai coupé les ponts avec mes parents il y a environ 8 mois. Cela a été pour moi un grand soulagement, car j'ai besoin de temps pour guérir et retrouver mes émotions refoulées. Mais qui sait, peut-être plus tard, quand j'aurais suffisamment de force pour confronter mes parents sans trahir la petite fille que j'ai été.
Maman,
je t'écris cette lettre pour te faire part de mon vécu, de mes émotions, de ma vérité . Je suis ta fille. Tu es ma mère . Il existe un lien entre nous, même si pour l'instant il est très endommagé et compliqué . Pour l'instant je ne souhaite plus avoir de contact avec toi, car j'ai besoin de temps et de tranquillité pour guérir mes nombreuses blessures . Si souvent tu m'as reproché d'être froide, distante , ingrate et de ne pas t'aimer .... OUI, c'est vrai, je ne t'aime pas, je suis froide et distante et je ne saurais de quoi te remercier . OUI, c'est vrai, je manquais rien enfant : j'étais habillée, nourrie, avec un toit sur la tête, des loisir etc. Je ne manquais de rien, sauf de l'essentiel : j'ai manqué d'amour, de tendresse, de respect, d'intérêt, d'attention, d'empathie ...... Déjà à ma naissance, j'ai vite compris que toi et papa, vous souhaitiez un garçon. Je suis née fille. Pendant toute mon enfance j'ai essayé de ressembler à un garçon . Peine perdue. Je voulais te rendre heureuse et être conforme à tes attentes. Mais quel désespoir pour une petite fille de ne pas avoir le droit d'en être une. A Pâques, ma grande soeur recevait un oeuf Kinder pour les filles et moi, on m'offrait un pour les garçons, parce que je ne jouais qu'aux voitures ...... Je me rappelle encore mon triste désespoir à la puberté quand je ne pouvais plus faire semblant. J'étais tellement dégoûtée par l'idée de devenir une femme, que je voulais bander mes seins avec un tissus . J'étais toute seule avec mes problèmes d'identité. Je n'avais personne à qui parler. Tu avais déjà assez de problèmes avec l'entretien de la maison et l'éducation de tes deux filles .... J'ai toujours eu le sentiment désagréable d'être un fardeau pour toi . Je sais que ce n'est pas facile d'être mère, que d'élever des enfants fait remonter beaucoup de choses à la surface qui nous dépassent parfois. Moi aussi je suis mère et ça a été très douloureux pour moi de constater que malgré mes bonnes intentions et l'envie de bien faire, j'ai fais beaucoup de mal à mes enfants quand ils étaient petits. A bout, épuisée, je rentrais dans un état second, j'étais hors de moi , je ne contrôlais plus rien ..... et je leur hurlais dessus, je les frappais et je n'arrivais plus à m'arrêter . C'est une terrible souffrance . Heureusement j'ai pu voir dans les yeux de mon aîné son désespoir, sa douleur, son angoisse . Il était terrifié et ce regard était insoutenable pour moi .... et j'ai compris que dans ses yeux de petit garçon, je voyais aussi l'angoisse et le désespoir de la petite fille battue que j'ai été autrefois. J'ai compris que j'avais besoin d'aide pour briser cette spirale infernale de la violence qui se transmet de génération en génération . J'ai alors commencé une psychothérapie pour essayer de comprendre, d'y voir plus clair et ne plus décharger ma haine accumulée sur des innocents, mes deux garçons, que j'aime très fort .
Je ne suis pas une maman parfaite, mais je regrette sincèrement mes gestes et paroles violents et j'ai conscience de leur avoir infligé de profondes blessures . Ils le savent , même si cela a étét dur pour moi à admettre. Ils sont désormais libres de ressentir ce qu'ils ressentent envers moi. ils ont le droit d'être en colère et de m'en vouloir. J'ai fait beaucoup de chemin depuis.
Il y a 5 ans, tu me disais, que tu pensais que l'on pouvait enfin avoir une relation agréable d'adulte à adulte . Partir sur de nouvelles bases. Oublier le passé. Tu as toujours fais comme ça. Seulement, je ne veux plus refouler ce qui dérange, faire table rase du désagréable et ne garder que les bons souvenirs. Cela me rend malade. Je l'ai compris maintenant et je souhaite avoir un regard sincère et authentique sur mon passé.Même si c'est douloureux et difficile. Je sais que tu en as marre de mes reproches, que tu ne souhaites pas répondre à mes questions ou commenter les faits que je décris . Libre à toi de ne pas me répondre . Mais ça me fait du bien de te dire et dire haut et fort tout ce que j'ai gardé si longtemps enfermé à l'intérieur .
Quand pour la enième fois tu m'as reproché de ne pas t'aimer, je t'ai alors demandé si toi tu m'aimais .... il y a eu un silence embarrassant et tu as fini par me dire que : " oui, oui, tu m'aimais , mais que seulement tu aurais préféré que je sois différente, que tu aurais aimé avoir un enfant différent . " au moins c'était clair. tu ne m'aimes pas telle que je suis . Pour essayer de grapiller un peu de reconnaissance, il faudrait que je sois différente, conforme à tes attentes , pour ainsi dire impossible. Ca fait très mal d'entendre ça. Mais vu l'armure que je porte depuis ma toute petite enfance, ça ne m'a pas fait grand chose sur le moment . Mais aujourd'hui je mesure la souffrance de la petite fille que j'étais, de ne pas avoir été aimée et reconnue par sa maman telle qu'elle était. J'ai toujours eu cette impression de devoir faire des efforts , de devoir être différente , de ne pas être acceptable, aimable . Pour mes 18 ans, j'ai trouvé un petit papier glissé sous ma porte . Là dedans tu m'expliquais que " tu étais très triste et choquée de voir ce que je suis devenue et que apparemment tu n'avais pas réussi de faire de moi un être travailleur, responsable et conforme ." Passé le moment de surprise, je ne savais pas quoi penser de ça. Une petite blessure de plus . Mais j'étais blindée .
Le jour où j'ai osé t'écrire que j'avais beaucoup souffert de cette ambiance de violence qui régnait à la maison et que enfant j'ai toujours eu très peur de toi, tu as répondu avec une avalanche d' étiquettes :" je serais bornée, bête, egoiste, fainéante, stupide, ingrate, moche, incapable, ma vie ne serait qu'une suite d'échecs et de désastres et j'en serais la seule responsable. " Une agression verbale et une souffrance de plus. OUI, ça fait mal d'entendre ça !
Le jour où enceinte de six mois je t'ai annoncé que j'allais bientôt devenir maman à mon tour, tu m'as juste rétorqué : " Tu crois vraiment que c'est le bon moment de tomber enceinte ? " J'aurais aimé partager ma joie avec toi . Ces paroles m'ont vite ramenée à terre . il n' y avait rien à partager avec toi . Constat amer, désolant .
J'ai très peu de souvenirs conscients, aucun avant l'âge de 5 ans. A plusieurs reprises, je t'ai demandé de me raconter ma naissance, ma petite enfance. a chaque fois tu étais agacée et tu me disais " que tu n'avais pas envie d'en parler maintenant .... et que ça a été une époque difficile pour TOI !!!" Tu as quand même fini par me raconter 3 anecdotes qui te faisaient sourire. Moi, ça m'a glacé le sang d'entendre ces petits bouts d'histoire et d'imaginer de les avoir vécu en tant que petite fille . La première : " Quand tu frappais ma soeur ainée ( 7 ans ) parce qu'elle avait des difficultés pour apprendre à lire ( je devais avoir 5 ans ) , j'arrivais en courant et je hurlais : " Non, maman, non, pas battre, pas battre, tu m'avais promis de ne plus jamais battre . " Les larmes me viennent aux yeux. Je snes la souffrance et le désespoir de cette petite fille, MOI, qui voit sa maman frapper sa soeur ..... SOUFFRANCE ENORME !!! Je ne comprends pas comment cette anecdote puisse te faire sourire. C'est atroce ! Toute cette violence. Ca ne me fait pas rire du tout. Je ne trouve pas ça amusant, je trouve ça révoltant toute cette INJUSTICE ! Je t'en veux maman d'avoir frappé ma soeur. Et je t'en veux de m'avoir frappé quand j'étais une petite fille .C'est vrai que je ne me souviens pas d'avoir été battue petite fille, mais tu m'as battue aussi plus tard, la dernière fois quand j'avais 17 ans et ça, je me rappelle très bien , d'avoir été rouée de coups. Tu me frappais avec une cuillère en bois, violemment et tu me hurlais dessus . Lors d'une promenade prolongée avec une copine et notre chien, , celui-ci nous a perdu de vu. J'étais très inquiète et je me sentais responsable de mon manque d'attention. Heureusement le chien est rentré à la maison sans le moindre bobo. Je l' ai cherché partout dans la parc, puis je suis rentrée, très inquiète pour le chien mais aussi la trouille au ventre par rapport à ta réaction. Dès que j'ai franchi la porte , tu as commencé à hurler " que j'étais irresponsable, nulle, incapable, stupide, méchante, égoiste, que je ne pensais qu'à moi que j'étais dangereuse pour tout le monde et qu'on devrait m'enfermer . " Tu étais complètement hors de toi, folle de rage . Moi, j'étais accroupie, j'essayais de me protéger de tes coups avec mes bras, paralysée par la peur et par la douleur, incapable de me défendre. Je me disais même que tu avais raison d'être en colère et de me punir pour cette " bêtise " . OUI, tu avais le droit d'être en colère . NON, tu n'avais pas le droit de me frapper ainsi . Personne n'a le droit de faire ça. Je t'en veux énormément de m'avoir battue comme ça . Ma rage est immense . Et puis , 5 minutes après, une fois que tu étais fatigué de me frapper et calmée, je devais te pardonner, tout oublier et te prendre dans mes bras. A ce moment précis je sentais surtout du dégout et de la haine . Je n'ai rien pardonné et je n'ai rien oublié. Ce souvenir conscient, mon incapacité à me défendre, à exprimer ma colère, ma paralysie , mon angoisse d'être agressée, je le mets en relation avec une autre anecdote que tu m'as racontée : " J'avais 18 mois, une toute petite fille . Un jour, j'ai pris ma pelle et mon sceau et je suis sortie de l'appart toute seule. Arrivée en bas, j'ai réussi à ouvrir la lourde porte d'entrée de l'immeuble, puis j'ai traversé une route très passante pour arriver finalement au bac à sable . " Je ne connais pas la suite mais j'imagine que tu as dû avoir très peur en t'apercevant que j'avais disparue et sûrement aussi responsable de ton manque de vigilance et d'attention . Qu'est-ce qui s'est passé après ? Lorsque tu as raconté cette anecdote, je sentais bien que c'était encore une fois moi la coupable, la vilaine fille, qui n'écoute pas, qui s'enfuit, qui s'échappe, qui n'obéit pas à sa mère et lui cause que des tracas et des ennuis... D'ailleurs tu m'as toujours dit que tu t'es sacrifiée pour nous . Que tu n'as pas quitté ton mari A CAUSE DE NOUS . Alors je me suis sentie coupable encore une fois. A cause de moi tu as gâché ta vie . Tu me tenais responsable pour ton malheur. J'étais le fardeau qui t'empêchait d'être heureuse. NON, maman, tu es la seule responsable de ta vie d'adulte. Je n'ai rien à voir là dedans !!!!!
Quand à 14 ans, très gourmande j'avais chipé quelques " mon chéri " dans un bol, prévu pour vos invités et que tu t'en es aperçu , tu étais folle de rage. J'avais tellement peur que je me suis enfermée dans ma chambre, refusant de sortir. Pendant des heures tu as hurlé , crié et tu m'as menacé de déchirer mes cahiers d'école . En entendant le bruit du papier déchiré j'étais désespérée . Puis tu m'as menacée d'ouvrir la fenêtre et la cage de mes perruches ..... pour que j'ouvre enfin la porte , mais j'avais bien trop peur pour ma vie. Je t'en veux de m'avoir crié dessus et d'avoir essayé d'obtenir ma soumission par des menaces de détruire ce qui m'était le plus cher. J'aurais eu besoin d'un peu plus de compréhension et de respect. Tu n'avais pas le droit de faire ça !
Puis un jour , je suis revenue de l'école avec de poux . C'est la coiffeuse qui s'en est rendue compte . Je le savais mais j'avais trop peur de t'en parler. Tu étais affoléé et agacée par l'idée que j'avais contaminé toute la maison. Tu m'as dit que tu avais hônte de moi et d'un ton méprisant tu me disais que tout cela était entièrement de ma faute. Moi aussi j'étais désespérée d'avoir des poux , mais je n'avais personne à qui parler. J'avais bien trop peur de ta réaction. Tu n'avais pas le droit de me dire ça et de me rendre coupable pour tout !
Toute ma vie, j'ai eu une peur monstrueuse de toi . Petite fille, ado, adulte, ta présence me rendait mal à l'aise. Peur panique de mal faire, d'être critiquée, attaquée, je suis tout le temps sur mes gardes. Cette peur me suit partout. Je suis très méfiante. Je ne fais confiance à personne. un jour, je devais avoir 12 ans . Comme souvent, il y avait une violente dispute entre toi et papa. C'était des cris, des larmes, des coups .... Pour échapper à cette triste scène, je suis partie à la foire aux plaisir, et je me suis achetée des billet de tombola, des frites et puis je suis rentrée. Arrivée à la maison, tu étais hors de toi, tu m'as frappé parce que j'avais dépensé trop d'argent . J'ai pleuré de désespoir alors tu m'as dit que " j'étais une enfant terrible, une plaie, que je n'aurais plus d'argent de poche pendant 6 mois et que je n'aurais plus le droit d'utiliser mon vélo . " A l'époque je n'ai pas compris ce qui s'est passé. J'étais malheureuse, triste , désespérée..... vous voir vous disputer sans arrêt me déchirait le coeur. Et que dire de la fois où je me suis réveillée en plein nuit par des cris dans le couloir. Terrifiée, j'ai ouvert la porte de ma chambre et je vous ai vu, mon père et toi, vous étiez nus et tu hurlais tout en frappant avec un cintre sur mon père. Scène horrible, terrifiante, traumatisante ..... Que faire ? Je me suis recouchée ... et le lendemain matin , tout étais comme d'habirude, toute la famille rassemblée autour du petit déj . J'avais envie de vomir. C'est étrange. Je n'avais jamais faim le matin. On ne parlait jamais de rien. si, tu parlais des voisins, tu passais en revue mes amis pour les critiquer, on parlait du ménage et des courses à faire. Triste solitude. De toute façon je savais que je devais régler mes problèmes toute seule. Tous les matins tu venais dans ma chambre pour me réveiller . Je garde un souvenir atroce de ces réveils matinaux. Au plus tard à 9 heures, même le week-end, je devais me lever. Avec grand bruit, tu ouvrais la porte d'un coup, à chaque fois je sursautais de peur, puis d'un pas décidé tu ouvrais les volets et la fenêtre en grand pour aérer puis tu me lançais un : " Bonjour, c'est l"heure de se lever . " en passant sans même me regarder. Tous les matins je faisais semblant de dormir encore, je fermais les yeux en éspérant que tu allais sortir de la chambre sans commencer une discussion désagréable. Quand j'ai eu mon bac, nous avons fait une grande fête avec mes copains. Je suis rentrée à 6 h du matin. Réveil matinal à 9 h comme d'habitude. Je n'avais pas le choix. Je devais me lever, tu avais décidé ainsi. il y avait les courses à faire et puis le ménage ..... Peu importte si j'étais fatiguée ou pas , si j'avais à paine dormi. Je t'en veux pour ce manque d'intérêt pour mes besoins et ma sensibilité et surtout pour l'interdiction absolue d'émettre la moindre critique. quand à 14 ans , tu m'as demande de faire un gâteau aux prunes, tu étais mécontente du résultat. Enervée tu m'as lancé : " Je n'ai jamais vu de toute ma vie un gâteau comme ça! Mais qu'est-ce que tu as fait ? Tu n'as pas suivi les instructions . Ce n'est pas possible. Il est immangeable ce gâteau. " Je t'en veux, maman, parce que j'avais tout le temps l'impression de ne jamais faire comme il faut , de ne rien faire de bien, de ne récolter que des critiques . a chaque petite maladresse tu étais prête à explose, à hurler et à frapper ..... J'étais tout le temps terrifiée. Terrifiée de me tromper lors d'une course, angoissée de ne pas couper les oignions comme il fallait, stressée de ne pas arriver au résultat attendu. Tout le temps je devais faire des choses pour toi, monter ton vélo de la cave, faire des coursesn aider à la cuisine, faire du ménage et tout le temps j'avais peur de la sanction si ce n'était pas conforme à tes attente. Comme le jour où j'ai acheté des mûres à la place des framboises. Tu as hurlé pendant des heures en me traitant de nulle et d'incapable. Ou le jour où je devais acheter des viennoiseries à la boulangerie. Tu m'avais dit de choisir moi-même. Mais finalement tu étais mécontente de mon choix et tu énervée tu m'as ordonné de ramener les viennoiserie à la boulangère car tu les trouvais trop cher . Je n'avais que 12 ans. J'ai toujours essayé de bien faire, du mieux que je pouvais. en retour, je recevais surtout des critiques, des humiliations, des cris, des coups ...... C'était tellement injuste , mais je devais ravaler ma colère. Cette rage emmagasinée au plus profond de moi se fraie un chemin. Toutes mes articulations sont enflammées. J'avais tellement besoin d'encouragement, de compréhension, de reconnaissance, de patience ....Je me sentais si nulle, si seule, si méchante, si incomprise , si mauvaise..... Tu étais ma mère et j'étais persuadée que tu avais raison quand tu disais que " j'étais une enfant terrible, méchante, bête et maladroite et que tout étais de ma faute . Un jour tu m'as même dit " que tu me souhaitais d'avoir plus tard des enfants aussi terribles et méchants que moi je l'ai été. " Et je pensais que oui, j'aimerais bien avoir des enfants sensibles, intelligents et doux .... comme moi ....... NON, maman, tout n'était pas de ma faute et je t'en veux terriblement. A 17 ans je tricotais beaucoup . Alors tu m'as demandé de tricoter un pull pour mon père. Mais une fois le pull fini; tu étais mécontente du résultat et tu as dit d'un ton agacé : " Mais il est trop étroit ! Même un porc ne rentre pas la dedans. Tu as fais exprès. Pour toi tu fais toujours des choses merveilleuses et pour les autres tu ne fais que de la merde ! " Ces paroles m'ont profondément blessées. Je trouvais ça injuste de ta part. Je n'ai pas osé te répondre à l'époque mais aujourd'hui je peux te le dire : " C'est dégueulasse ! Tu n'avais pas le droit de dire ça ! Non, maman, je n'avais pas fait exprès et je suis désolée si le résultat ne correspondait pas à tes attentes . " La dernière anecdote que tu m'as racontée et que tu trouvais très drôle aussi : " J'ai dû avoir environ 5 ans. J'avais tout le temps des angines et mal à la gorge. Et tu voulais que je prenne le sirop pour la gorge. Mais je ne voulais pas. Je refusais d'ouvrir la bouche. Alors pour me soumettre, pour m'obliger à obéir, tu as trouvé une ruse que tu as employé plusieurs fois : Tu faisais semblant d'appeler l'hôpital pour qu'ils viennent me chercher. ..... Morte de peur, je capitule et j'ouvre la bouche. " Je suis atterrée par tant de cruauté, surtout par ta jubilation d'avoir trouvé cette ruse qui a si bien marchée. Mais moi, petite fille, je cède uniquement parce que j'ai une trouille monstrueuse de voir que mes parents sont capables de m'abandonnersi je ne suis pas sage et obéissante . Que de souffrances !!!
Je me suis construite une carapace pour supporter toutes ces souffrances. J'ai dû refouler ma colère, ma tristesse, ma peur pour afficher un sourire permanent. J'étais une petite fille très malheureuse, angoissée, timide, méfiante. A l'école, j'étais à part. Les autres enfants ne voulaient pas jouer avec moi . ils me trouvaient " bizarre " . J'en ai beaucoup souffert jusqu'au jour, où enfin le bac en poche j'ai pu m'enfuir, partir très loin avec l'espoir de me construire une nouvelle vie et d'oublier toutes ces horreurs. Mais ça ne marche pas comme ça.Mon corps n'a rien oublié. La colère, la haine, la rage devant toutes ces injustices , cette violence sont encore très présentes . Je t'en veux terriblement. Aujourd'hui j'ai le courage de faire face. La vérité ne me fait plus peur. Je suis une femme adulte maintenant, avec deux enfants adorables, un métier intéressant et je mène la vie qui me plaît. J'ai appris à me protéger et à me défendre et je ne suis plus une petite fille dépendante qui se laisse agresser et humilier sans broncher.
Pour l'instant je ne souhaite pas avoir de contact avec toi. Néanmoins je ne désire pas fermer toutes les portes. Si un jour tu souhaites restaurer ce lien qui existe entre nous, je serai ravie de le faire avec toi, à condition d'avoir moi suffisamment avancé dans la guérison de mes blessures et que toi de ton côté tu acceptes de faire un travail de prise de conscience avec une thérapeute . Tant que ces conditions ne seront pas remplies, je refuserai tout contact avec toi.
Ta fille S.
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