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"Je vous attends en bas". Je m'éclipse délicatement et referme la porte derrière moi. La mère et la fille s'étreignent. Je respecte leur intimité retrouvée. Je descends les escaliers de ma salle de thérapie avec le sentiment du travail accompli. Une fois de plus la magie a opéré. La relation qui semblait si conflictuelle et douloureuse s'est transformée en lien tendre et constructif. J'aime aider à la restauration du dialogue entre deux êtres, rétablir ainsi le lien d'amour.
Il est fréquent de parler de ses parents en psychothérapie. Il l'est moins de les inviter à une séance. Il est banal d'évoquer les blessures de l'enfance, il l'est moins de chercher à les réparer avec la participation active des parents. Depuis quelques années, il m'arrive de plus en plus souvent de recevoir les parents de mes clients pour des séances intenses en émotions.
La première fois, c'était il y a plus de quinze ans. Une femme me disait son désarroi et son impuissance face à ses géniteurs. " Ils ne m'écoutent pas " disait-elle… " c'est facile pour toi de m'inciter à leur parler, tu n'es pas en face d'eux. Je veux leur parler en ta présence ". J'ai donné mon accord. Les parents ont eux aussi accepté. Et j'ai assisté à une des plus belles scènes de mon expérience de psychothérapeute. Nous avions bloqué deux heures pour avoir du temps. Son père et sa mère, venus de province pour l'occasion, l'ont écoutée… Ils ont parlé. Ils se sont dit ce qu'ils n'avaient jamais pu formuler à haute voix… Les larmes ont coulé. " Papa, j'ai quarante-cinq ans, c'est la première fois que je te vois pleurer… " Au bout d'une heure, ils étaient dans les bras les uns des autres.
J'ai ainsi découvert la puissance de la présence d'un tiers facilitant dans ces rencontres familiales. Mes interventions se réduisent au minimum. Je me contente de poser quelques règles de protection et de fonctionnement et de les faire respecter. Ce ne sont pas mes qualités propres qui font la magie, mais l'espace de parole et d'écoute que je propose, dans un cadre de non-jugement.
Encouragée par cette première expérience, je l'ai répétée aussi souvent que possible. J'ai entendu de nombreux " c'est la première fois que tu me dis " je t'aime "… " Tu ne m'avais jamais dit cela… ", " je n'imaginais pas que tu souffrais à ce point " … Je suis chaque fois aussi émue. Il suffit parfois de si peu ! Tant de parents ont juste besoin d'une permission et de quelques encouragements pour oser livrer leur cœur !
Quand mes clients réussissent à surmonter leur résistance à convier leurs parents, la réconciliation est souvent au rendez-vous. Les parents les plus récalcitrants s'ouvrent… pour autant que le moment soit juste. En effet, quelques échecs m'ont permis d'affiner ce travail. Quand le rendez-vous intervient trop tôt dans la thérapie, les parents n'entendent pas ou ne comprennent pas. Nous en verrons les raisons plus loin dans ce livre.
Des psy (-chologues, -chanalystes, -chothérapeutes, -chiatres), des spiritualistes, des religieux, des philosophes parlent des parents, des blessures de l'enfance et du pardon. Cette thématique du pardon fait couler beaucoup d'encre. La question est sensible et les positions sont souvent tranchées. Il y a les tenants de la nécessité du pardon inconditionnel pour la simple raison que ce sont nos parents et que la colère serait " mauvaise ". Et il y a ceux (plus rares) qui disent le pardon impossible et conseillent la prise de distance avec la famille.
Sans idée préconçue sur la nécessité ou non d'un pardon pour la guérison, depuis plus de vingt ans, j'ai accompagné des centaines de personnes sur le chemin de leur autonomie. Parmi eux, certains ont pardonné, d'autres non. Il m'est apparu que le pardon ne se commande pas. Il arrive, ou non, comme terme d'un parcours. J'en suis parvenue à la conclusion qu'il n'est certainement pas un objectif. Il est un cadeau. Un pardon posé un peu hâtivement dissimule la blessure, mais ne la guérit pas. Il soulage parfois une tension, donnant l'illusion d'une libération, mais ne délivre pas de la souffrance profondément enfouie. Combien de personnes annoncent avoir pardonné à leurs parents et pourtant conservent une violence (envers autrui ou retournée contre eux) témoignant d'émotions encore refoulées.
Le pardon n'est pas un outil de guérison de la blessure. Il n'est pas nécessaire à la libération de son passé. Il l'est en revanche à la restauration de l'intimité. Le pardon est un mouvement d'amour qui répare la relation. Je travaille de plus en plus dans cette direction de la réconciliation. Je crois en la capacité de chacun de s'ouvrir à l'autre. Je crois au pouvoir de l'empathie, de l'amour et de la parole dans la réparation des relations blessées.
Dans ce livre, je commencerai par évoquer la complexité de la relation parent/enfant. Au chapitre 2, nous effectuerons un petit tour d'exploration des émotions ressenties devant les blessures, injustices et frustrations subies. Au chapitre 3, nous décrirons le processus de guérison des blessures, frustrations et injustices subies dans l'enfance. La colère contre les parents est une étape qui suscite de nombreuses et parfois violentes réactions, je lui consacrerai un chapitre. Puis nous soulèverons une à une nos résistances, nos craintes, à oser nous confronter à nos parents. Le chapitre 3 évoquera le " côté des parents ". Qu'elles qu'aient été les motivations de nos parents à agir comme ils l'ont fait, nous avons le droit de ressentir et d'exprimer de la colère pour nous réparer. Il peut être utile en tant qu'enfant de mieux comprendre ce qui se passe à l'intérieur d'un parent pour mettre des mots sur des impressions. Ce chapitre nous aidera aussi à ne pas nous enfermer dans une position binaire " bien-mal " mais à entendre la complexité de l'affectivité humaine. Dans le chapitre , vous pourrez lire quelques exemples de lettres écrites aux parents ainsi que leurs réponses.
Le chapitre 5 est en quelque sorte un guide pour vous réconcilier avec vos propres parents.
Quand les parents ont conscience d'avoir blessé leur enfant, ou voient que ces derniers ne sont pas heureux ou portent des symptômes dont ils ont le sentiment de porter une part de responsabilité, ils peuvent aussi aller vers leurs enfants pour réparer. Ce sera l'objet du chapitre 6.
La lecture de ce livre va susciter de nombreuses émotions en vous. Si vous avez l'impression d'être déjà au-delà de cela… vérifiez. La peur de confronter ses parents est souvent à l'origine d'un pardon un peu trop vite accordé. Attention, vous conserveriez vos symptômes…
Ne précipitez jamais les choses. Vous pouvez avoir envie de courir chez vos parents pour vider votre sac… Vous vous soulageriez peut-être mais créeriez-vous un vrai dialogue ? Ce serait un " passage à l'acte " comme disent les psy. C'est-à-dire une action impulsive qui a pour but d'éviter de ressentir vraiment ce qui se passe en soi. Accordez-vous le temps de maturation nécessaire. En allant trop vite, vous gommeriez des étapes utiles. Poursuivez votre lecture. Écrivez vos sentiments, vos émotions, vos pensées au fur et à mesure sur un cahier.
Bonne route sur le chemin de la réconciliation avec vos parents et peut-être avec vos enfants… Je suis à vos côtés.
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Customer Reviews:
LACROIX (mercredi, 27 mai 2009) Rating: Un livre complémentaire de que se passe-til en moi ?
Très éclairant sur le processus thérapeutique, sur la réparation, sur le rôle réhabilité de la colère, sur la notion du pardon.
Finesse, précision, simplicité et pédagogie. A l'image du livre d'Alice Miller " l'avenir du drame de l'enfant doué ".
Bénéfices : Il m'a été plus facile d'entrer en contact avec mes émotions avec la compréhension du processus tel qu'expliqué, et la reconnaissance à travers le contenu du livre de mes souffrances enfouies.
Ce livre m'a également grandement servi de guide pour un travail de lettre à ma mère puis à mon père.
Mes conseils : pour en bénéficier, faire un travail sur soi, suivre le stage "la grammaire des émotions" di'sabelle.
Elisabeth SANTONI (lundi, 08 décembre 2008) Rating: Bonjour, j'ai déjà fait un commentaire sur un blog, mais peut être sera t il mieux vu à cet endroit.Le livre est très intéressant, il interpelle évidemment plus certains que d'autres à des chapitres bien spécifiques. Pour quoi seulement 3* ? Parce que j'ai eu le sentiment tout au long de la lecture que les parents étaient d'éternels coupables. J'ai vraiment ressenti ce livre comme le procès des parents. Je vais surement me répéter, mais mon éducation ne me poursuit pas et avec le caractère insolent que j'avais pour la génération (j'ai 60 ans), j'ai eu fort à faire avec la sévérité d'un père Corse. Aujourd'hui, je remercie mes parents de m'avoir inculqué cette éducation avec des principes qui se perdent maintenant. Aucune autorité ni sévérité ni limites ? Il n'y a qu'à voir ce que donne la jeunesse d'aujourd'hui, on confod trop éducation et liberté. Ma fille a eu une éducation un peu plus libre que la mienne et maintenant elle reconnait qu'il faut mettr des limites aux enfants ... et qu'elle le fera pour les siens. Sur le conseil de certaines, que je remercie, je vais lire " il n'y a pas de parents parfaits", qui va peut être faire un juste équilibre, mais les "enfants" ne liront pas forcément les 2 titres. Bien cordialement. LISA