Les enfants… Ce confinement obligé pourrait être un moment de retrouvailles, d’intimité partagée, de joie à passer enfin du temps ensemble. Pour certains, c’est le cas. Probablement ceux qui ont un jardin et déjà acquis un certain nombre de compétences parentales. Pour les autres, ça va de un peu compliqué à alerte, danger explosion.

Le confinement, ne pas pouvoir sortir, courir, bouger, la menace de la contagion, les craintes pour l’avenir, les infos peu rassurantes, l’insécurité financière, la peur d’une pénurie alimentaire…  C’est beaucoup de stress.

Les adultes sont tendus, préoccupés. Même si on ne met pas les infos en continu, il est naturel d’être anxieux. La situation est réellement grave et inquiétante. Nous sommes les figures d’attachement de nos enfants, leur base de sécurité. Notre inquiétude les insécurise. Pour autant doit-on la leur cacher ? Surtout pas, elle ferait encore plus de ravages dans leur psychisme, parce qu’ils la sentiraient sans pouvoir en parler. Faire semblant, sourire alors qu’on est paniqué à l’intérieur, ne rassure pas les enfants, petits ou grands. Bien sûr, ils ne disent rien, mais nous les verrons s’énerver pour un rien, se disputer entre eux, taper les uns sur les autres, devenir demandeurs d’attention… bref, développer des comportements de stress.

Les premiers signes de stress se manifestent par des demandes d’attention, maman, s’il te plait… papa, tu joues avec moi… C’est bien naturel, l’enfant, insécurisé, cherche à se rapprocher de sa figure d’attachement, à s’assurer de capter toute son attention. (d’où la difficulté du télétravail). L’enfant tente de trouver des solutions pour apaiser son stress, il demande maman, des chips, des glaces, du soda, des écrans… tout ce qui est susceptible de le réconforter (mais toutes les solutions ne le calment pas durablement !). Le parent n’est pas toujours disponible pour répondre aux demandes, il n’identifie pas toujours le vrai besoin derrière une demande de dessin animé ou de sucrerie. Et puis, il n’en peut plus ! Lui-même sature. C’est dur d’être la figure d’attachement 24h sur 24, surtout quand on ne peut pas sortir.

Nous sommes enfermés avec nos enfants dans un lieu clos et l’ambiance est souvent électrique. Cela rappelle l’expérience du neurobiologiste Henri Laborit (1914-1995). Un rat est placé dans une cage à deux compartiments dont l’un est équipé au sol d’un grillage électrifié. Lorsqu’une décharge précédée d’un signal lumineux est envoyée, le rat a tôt fait d’apprendre à fuir vers le second compartiment. Si on ferme cette porte, et que donc le rat n’a plus aucune possibilité de fuite, il se fige. Il est en inhibition de l’action. Au bout de quelques jours de ce traitement, l’animal fait de l’hypertension artérielle. On le comprend. Laborit a poussé son expérience en plaçant un second rat dans la cage avec le premier, dès qu’un choc électrique survient, les rats se jettent l’un sur l’autre et se battent. Résultat : aucune hypertension artérielle, même pendant plus d’une semaine d’expérience. Attaquer l’autre rat ne permet pas d’éviter le choc, mais ça libère les tensions ! Oui, c’est pour cela que nos ancêtres disaient que donner une gifle ou une fessée, ça soulage ! Ils ne mesuraient pas alors les dégâts que ces gestes faisaient au cerveau de l’enfant et à la relation. C’est aussi pour cela que ceux qui ont plusieurs enfants voient frères et sœurs se tomber dessus et s’écharper plus encore que d’habitude. Nous ne voulons ni développer de l’hypertension ni aucune somatisation, ni succomber à la violence et nous ne voulons pas que nos enfants s’y adonnent. D’ordinaire, nous avons toutes sortes d’options pour libérer la pression, nous allons nous promener, faire du sport, voir des amis et les enfants vont à l’école. Même notre travail, les rencontres avec les collègues, nous ressourcent. Avec le confinement, ce n’est plus possible. La porte vers l’autre compartiment est fermée. Heureusement, nous ne sommes pas des rats et nous avons d’autres solutions pour « sortir de la cage». Mais il faut les connaître. Quand on n’y a jamais réfléchi, ça ne s’invente pas. Surtout quand les émotions nous submergent. Tous les parents ont besoin d’en savoir plus sur la parentalité, sur les enfants, sur leur développement, sur la régulation du stress, l’accompagnement des émotions. Les professionnels de petite enfance reçoivent des formations, pourquoi pas les parents ? Il nous faut une plate-forme ressource. Un site sur lequel trouver les informations dont on a besoin pour savoir quoi faire quand Lucas et Lucie se battent comme des chiffonniers ou quand Leila pleure devant son dessin ravagé.

Un numéro Vert est nécessaire, un numéro qu’on puisse appeler pour nous aider à respirer, à prendre du recul, à changer de regard, à identifier les besoins en présence, tant les nôtres que ceux de nos enfants, et à y répondre. Un numéro où l’on puisse être accueilli sans jugement, écouté, et aidé concrètement.

Avec d’autres, notamment Nathalie Casso-Vicarini, Dorota Gille, Dr Boris Cyrulnik, Pr Rebecca Shankland, Pr Jacqueline Wendland, Pr Richard Delorme, Pr Antoine Guédeney, Dr Romain Dugravier, Dr Gilles Lazimi, nous avons demandé à notre Ministre Adrien Taquet ainsi qu’à notre Président de la République de mettre en place une telle plate-forme de ressources et une telle ligne téléphonique, avec trois niveaux : VERT : je me renseigne, j’ai besoin d’idées. ORANGE : ça devient difficile, j’ai besoin d’aide. ROUGE : Danger, je craque.

Nous avons déjà réuni un groupe d’une centaine de volontaires, spécialistes de la parentalité, ayant des compétences avérées en termes de régulation du stress, d’écoute des émotions et d’outils de parentalité (Professionnels du coaching parental, psychologues, étudiants, pédopsychiatres, formés aux approches validées par les neurosciences). Nous voulons une ligne financée par le gouvernement, une visibilité nationale à la télévision pour entrer dans les foyers qui en ont besoin.

Monsieur le ministre Adrien Taquet a annoncé un renforcement du 119, Allo Enfance en Danger. Oui, c’est important. Ce numéro répond aux situations de crise, quand on est dans le rouge. Une autre ligne nous parait nécessaire, de prévention, pour les situations vertes et oranges pour lesquelles on ne veut pas forcément déranger le 119. Une ligne pour anticiper et éviter les débordements, une ligne pour répondre aux questions et aux situations que tous les parents rencontrent dans cette période inédite. Ligne et plate-forme ressource seraient aussi précieuses pour les parents qui viennent d’accueillir un nouveau-né.

Par ailleurs, n’oublions pas les professionnels de petite enfance qui doivent recevoir plus d’enfants que d’ordinaire dans des conditions difficiles et stressantes. Eux aussi ont besoin de soutien, d’éclairages scientifiques et d’un réservoir de bonnes pratiques dans lequel puiser. Ils pourraient eux aussi bénéficier de cette ligne.

Merci de m’aider, de nous aider, à convaincre le gouvernement de l’importance de consacrer de l’énergie à la prévention en leur exprimant vos besoins et vos préoccupations. Ce lundi 23, à 18h, les ministres Adrien Taquet et Marlène Schiappa répondront aux questions sur les violences intrafamiliales en période de confinement dans un FB live (sur la page Facebook de la Ministre Marlène Schiappa).

Solidairement, ensemble.

Isabelle Filliozat

©2020 Site internet officiel d'Isabelle Filliozat - Auteure, psychothérapeute et conférencière - Site réalisé par Kozman

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