Combattre les violences et abus sexuels

Informons les enfants, les professionnels et les parents

La non-violence, et en particulier, la prévention des violences faites aux enfants, est le fondement de la démarche d’Isabelle Filliozat.

« On n’apprend pas à se défendre à 3 ans. Ça ne marche pas. Tout ce qu’on apprend, c’est à se soumettre. »

Découvrir l’interview d’Isabelle qui parle de son parcours

Prévenir l’inceste, c’est possible :
si on en parle avec les enfants, mais aussi avec les parents

Texte publié le 12.02.2021

Merci.
Merci aux hommes et aux femmes connu.e.s et moins connu.e.s qui ont osé prendre la parole publiquement depuis un mois pour dénoncer l’inceste. Quand une personne parle, elle délie la langue d’autres autour d’elle, parce qu’elle donne une permission. Dans son livre La familia grande Camille Kouchner révèle les abus commis sur son frère jumeau. Déflagration, l’abuseur est Olivier Duhamel, un intellectuel, un politique, un grand nom. Le livre se vend. Les médias en parlent.
Mais je me souviens d’Eva Thomas, la première à témoigner à visage découvert en France en 1986. Elle aussi a publié un livre Le Viol du silence[1]et a secoué les médias. Toutes les victimes prononcent les mêmes mots, tout est dit par Eva Thomas en 1986. Le public est effaré… puis il oublie. Jusqu’à la prochaine flambée médiatique. En 2021, va-t-on enfin entendre vraiment ?
Cette fois, dans le même mois, 80 000 messages avec le hashtag #metooinceste déferlent sur twitter. Les réseaux sociaux offrent aux victimes une opportunité inédite de prendre la parole. Le hashtag #metoo en 2017 avait déjà donné à beaucoup le courage de parler. Une proposition de loi visant à protéger les jeunes mineurs des crimes sexuels arrive au Sénat au même moment. Elle résulte pourtant de deux ans de travaux. La synchronie est bienvenue. Les médias évoquent l’inceste, l’imprescribilité et l’âge du consentement. Quand Coline Berry-Rojtman dépose plainte contre son père, Richard Berry, elle ajoute une pierre importante à l’édifice. Marilou Berry, Josiane Balasko la soutiennent, c’est un message crucial : on peut ne pas être stoppé par la crainte de salir une réputation. La position sociale n’est plus un obstacle supplémentaire au dévoilement. Par sa temporalité, la dénonciation dépasse un scandale de la presse people. Elle maintient le sujet sur le devant de la scène. L’exposition médiatique a suffisamment secoué les politiques pour que le gouvernement se mobilise. Emmanuel Macron annonce deux rendez-vous de dépistage et de prévention au primaire et au collège. Le secrétaire d’Etat chargé de l’Enfance et des Familles, Adrien Taquet, présente des propositions pour mieux réprimer l’inceste et les violences sexuelles sur les mineurs. C’est encore insuffisant, mais c’est déjà une avancée, je suis en total accord avec le Dr Muriel Salmona. C’est une prise de conscience. Plusieurs textes vont être examinés à l’Assemblée nationale pour renforcer les mesures sanctionnant les violences sexuelles sur les mineurs. Oui, il est important et urgent de faire évoluer la loi. Mais cela ne suffit pas. Nous sommes tous co-responsables du silence dans lequel les victimes ont été enfermées. Pourquoi les associations de victimes veulent rendre l’inceste imprescriptible ? Parce qu’il est inacceptable de ne pas pouvoir juger un crime qui a eu lieu sous le seul prétexte que la victime n’a pas porté plainte à temps. Mais si les victimes d’inceste mettent si longtemps à parler et même à se souvenir, c’est aussi que nous, leur entourage, n’avons pas favorisé leur parole. Elles ne sont pas seulement tenues au silence par leur agresseur. Toute la société participe au maintien du secret. Parler, encore aujourd’hui, ce n’est pas seulement dénoncer son père, sa mère, son oncle, c’est aller contre l’ordre social. C’est bousculer les convenances, faire désordre, faire exploser sa famille, en ternir l’honneur. Y aurait-il une si longue amnésie si l’inceste n’était pas tabou, mais un crime dont on parle ? Et puis, comment parler de ce qui n’a pas de mots pour l’être ? Sans mots on ne peut même identifier ce qui se passe. Oui, il est important d’enseigner aux enfants à dire non. Il est tout aussi important d’enseigner aux parents à respecter le corps de leur enfant. Il est important que dans toute la société et déjà à l’école, on parle davantage et librement de sexe, de désir, de plaisir, de consentement, de viol, d’inceste… La fréquence même de l’inceste montre qu’il ne s’agit pas d’actes isolés de la part de quelques pervers. C’est un phénomène social massif. 2 à 3 enfants par classe, 6,7 millions de français disent avoir été abusés… Et combien l’ont été sans oser encore le dire ou même ne réalisent pas encore que les comportements d’un parent étaient inappropriés ? Faire de la prévention, ce n’est pas seulement se mettre à l’écoute et dépister les enfants abusés, c’est mener une politique visant à réduire le nombre d’abus. Et cela passe par en parler avec les parents. Parler des violences sexuelles aux enfants c’est important. Mais en parler avec les parents, c’est au moins aussi important[2]. Parlons. Parlons. Parlons des gestes, des attitudes, des tentations, des risques d’abus et de comment les éviter.

Oui, il faut faire évoluer la loi. Mais il faut aussi que ça s’arrête, que l’inceste soit clairement inacceptable mais audible, qu’on puisse le parler, que les victimes ne portent plus la honte de détruire leur famille ou ne soient plus suspectées d’avoir aimé ça ou de l’avoir provoqué. Qu’on ne nous bassine plus avec le complexe d’Oedipe et les petites filles qui désireraient leur père. Freud a été le premier psychiatre à croire que les femmes qui racontaient avoir subi des abus sexuels dans leur enfance disaient la vérité. Son exposé sur l’«Etiologie de l’hystérie » a rencontré un silence total. La réprobation de ses collègues a fini par faire vaciller ses convictions. Dans sa correspondance avec son ami Fliess, il écrit encore :

« Malheureusement mon propre père était un de ces pervers, il est cause de l’hystérie de mon frère et de certaines de mes soeurs cadettes. La fréquence de ce type de rapport me donne souvent à réfléchir.» Nous savons maintenant qu’il était dans le vrai. Oui, les chiffres montrent que « ce type de rapport » est très fréquent. Quelques lettres plus tard il évoque sa « surprise de constater que dans chacun des cas, il fallait accuser le père de perversion, le mien non exclu […] alors qu’une telle généralisation des actes commis envers les enfants semblait peu croyable. ». Mis au ban par ses pairs, influencé par Fliess (lequel a agressé sexuellement son fils), Freud doute. Et puis il y a la nuit qui a suivi l’enterrement de son père, Freud a fait un rêve au sein duquel une pancarte : « On est prié de fermer les yeux». Et Sigmund Freud a fermé les yeux sur la réalité de l’inceste. Il s’est rétracté publiquement, a abandonné la théorie de la séduction qui énonçait : la névrose est le résultat du traumatisme de la séduction de l’enfant par un adulte proche, au profit de la théorie des pulsions et du complexe d’Œdipe : L’enfant nait avec des pulsions, il a des prédispositions perverses polymorphes, éprouve inconsciemment du désir pour son parent du sexe opposé et de l’hostilité envers le parent du même sexe. Ce n’est plus le parent qui est pervers, mais l’enfant. Le complexe d’Œdipe est souvent considéré comme un fondement de la psychanalyse. En témoignent ces mots d’Anna Freud : « Conserver la théorie de la séduction, cela aurait signifié abandonner le complexe d’Œdipe, et avec lui toute l’importance de la vie fantasmatique, qu’il s’agisse du fantasme conscient ou inconscient. En fait, je pense qu’après cela il n’y aurait pas eu de psychanalyse. »[3]Ailleurs dans le monde, la publication de la correspondance entre Freud et Fliess, puis la théorie de l’attachement, ont fait évoluer la clinique. Mais en France, la majorité des psychanalystes (et une grande partie du grand public) croient encore à l’existence et même à une universalité du complexe d’Oedipe. Tous les analystes ne minimisent heureusement pas le réel. Des victimes d’inceste ont été entendues par leur psychanalyste, il.elle a les a cru, les a aidé.e.s à se souvenir et les ont accompagnés jusqu’en justice. Reste que cette théorie de la sexualité infantile et du complexe d’Œdipe est encore enseignée dans les cursus de psychologie des universités françaises, et qu’il n’est pas normal que seulement 6% des victimes d’inceste en parlent à leur psy. Ce chiffre aussi doit nous inquiéter.

Sortons du silence, tous.

Demandons que soit enseignée à l’université la réalité des abus. Un enfant ne peut être tenu responsable des gestes déplacés des adultes. Non, ce ne sont pas des fantasmes. Non, les enfants n’ont ni désiré, ni séduit l’adulte qui les a abusés. Oui, les abus sont fréquents. Parlons-en.

 

Isabelle FILLIOZAT

Stroebel SS, Kuo SY, O’Keefe SL, Beard KW, Swindell S, Kommor MJ. Risk factors for father-daughter incest: data from an anonymous computerized survey. Sex Abuse. 2013 Dec;25(6):583-605. doi: 10.1177/1079063212470706. Epub 2013 Jan 29. PMID: 23363491.

 

Pour en savoir plus sur le revirement de Freud :

  • Masson, Jeffrey Moussaieff, Enquête aux archives Freud. Des abus réels aux pseudo-fantasmes. L’instant Présent, 2012
  • L’affaire Freud, documentaire de Michel Meignant et Mario Viana. https://youtu.be/_SDk9FOlgqQ

 

[1] Le Viol du silence, Paris, Aubier, septembre 1986

[2] Stroebel SS, Kuo SY, O’Keefe SL, Beard KW, Swindell S, Kommor MJ. Risk factors for father-daughter incest: data from an anonymous computerized survey. Sex Abuse. 2013 Dec;25(6):583-605. doi: 10.1177/1079063212470706. Epub 2013 Jan 29. PMID: 23363491.

[3] P.129 – MASSON, JEFFREY MOUSSAIEFF, Le réel escamoté, Le renoncement de Freud à la théorie de séduction, Paris, Aubier, 1984.

Comment détecter une situation d'inceste chez un enfant ?

Texte publié initialement dans Psychologie Magazine, dans les années 90.

Un enfant victime d’un abus, surtout de la part d’un proche, ne dira rien. Il a peur, il a honte, il n’ose en parler. D’autant que le plus souvent l’adulte lui impose le secret. Au mieux il dira « je ne veux plus aller à la danse », « je ne veux pas aller chez grand-papa », « je veux rester chez toi, je ne veux pas rentrer chez moi. ». Il faut l’écouter, comprendre pourquoi. Il cherche à éviter quelque chose, ou quelqu’un.

Un enfant trahi ne peut dire avec des mots, mais il dit avec son corps. Si vous constatez quelque chose d’inhabituel chez un enfant, un neveu, un voisin, un copain de vos enfants, et surtout si vous vous sentez inconfor­table en sa présence, n’hésitez pas à lui parler.

Les enfants victimes d’inceste mettent souvent mal à l’aise les adultes. Car ils sont anxieux, mais le dissimulent sous une carapace de pseudo-maturité. Et ils peuvent avoir des attitudes érotiques pour vous séduire… Des attitudes que les adultes appellent « érotiques » et « séductrices ». Pour l’enfant ce sont des comportements de soumission. Il les manifeste pour atténuer son angoisse et s’assurer que vous n’allez pas le battre. C’est un enfant sous terreur. Et si vous élevez la voix, vous le mettez en état de sidération.

Des plaintes à répétition peuvent aussi vous alerter : « je me sens mal, je suis fatigué », une régression, il recom­mence à faire pipi au lit.

Les douleurs abdominales sont fréquentes, les vomissements, les refus de s’alimenter. Ainsi que les perturbations du sommeil. Il fait des cauchemars, se réveille dans la nuit avec le cœur qui bat, ou il a peur de s’endormir. Certains veulent même dormir avec leurs vêtements.

A l’école il n’arrive plus à se concentrer, à apprendre. Mais surtout il ne joue plus, ne crée plus. Triste ou agité, il se replie sur lui, s’isole.

 

COMMENT LUI PARLER ?

Évitez bien sûr les interrogatoires. Il est vraiment très difficile pour l’enfant de formuler ce qui se passe pour lui. C’est à l’adulte, à vous, de l’aider. N’hésitez pas à lui dire ce que vous voyez et à suggérer ce que peut-être il se passe à l’intérieur de lui : « Tu es tout triste, tu ne joues plus. Alors je me dis qu’il y a quelque chose qui te fait mal, je peux t’aider ?

Au début l’enfant refuse, il nie, c’est normal, il n’a pas encore confiance. Il peut être même être violent à votre égard. Insistez avec patience. C’est dur pour lui. Ne sous-estimez pas le climat de terreur qui règne dans sa famille.

Au mieux il reste silencieux. Tentez : « Il y a des choses qui sont dures à dire. Quelque fois on n’ose pas dire parce qu’on a peur des conséquences, ou on a honte, ou on ne veut pas faire du mal à quelqu’un ».

Si vous suspectez une situation incestueuse, un abus sexuel, osez carrément lui dire « moi je crois qu’il y a quelqu’un dans ta famille qui te fait des choses qui ne te plaisent pas, mais tu as peur de le dire. C’est vrai que ce n’est pas facile ». Et enchaînez avec des explications de ce qui peut se passer parfois dans les familles. Dites-lui que malheureusement il n’est pas le seul, que beaucoup d’enfants sont abusés par leurs parents. Et qu’il n’est en aucune manière responsable. Que ce n’est pas de sa faute. Il a besoin de savoir que l’abus sexuel existe, qu’il est interdit, que la loi protège les enfants et punit les agresseurs, et que vous allez l’aider.

Vous ne risquez pas de lui « donner des idées ». Si vous vous trompez, il saura vous dire que ce n’est pas ça. Et si vous ne vous trompez pas, vous l’aiderez vraiment beaucoup.

Prenez votre temps pour écouter. Cherchez différents modes d’expression : « tu préfères dessiner ? Je vais essayer de comprendre », « je t’écoute, je te crois. »

Pour parler un enfant a besoin d’être sûr que vous allez le croire, le prendre au sérieux. Que vous n’allez ni dramatiser, ni minimiser mais écouter les choses telles qu’elles sont et l’aider, le sou­tenir.

Reconnaissez devant lui la gravité des actes qu’il dénonce.

Vous pouvez vous permettre de juger, et l’enfant a besoin de votre jugement clair et sans ambiguïté. Dites-lui ce que vous allez faire. Ou si vous ne savez pas encore exactement quoi faire, dites-le lui aussi. Vous avez le droit de ne pas savoir immédiatement comment réagir, mais vous n’avez pas le droit de le laisser dans le silence. C’est même rassu­rant pour l’enfant que vous preniez le temps de réfléchir. Si vous voulez en parler à quelqu’un, informez-en l’enfant, même s’il est tout petit. S’il n’est pas d’accord pour que vous en parliez, c’est qu’il a peur. Dites-lui : « Je com­prends que tu aies peur que je lui en parle, tu ne veux pas que ton papa aille en prison, mais je vais le faire, ton père n’a pas le droit de faire ce qu’il fait, tu as le droit d’être protégé. Ce n’est pas de ta faute. Et on peut aussi soigner ton père. (Selon des statistiques cana­diennes, 4 parents sur 5 peuvent être aidés à arrêter d’abuser leurs enfants.)

Restez en contact avec l’enfant qui vous a confié sa dé­tresse. S’il retourne dans sa famille, donnez-lui votre té­léphone. La culpabilité d’avoir osé transgresser le secret familial peut jeter l’enfant dans une grande détresse. Il absolument besoin de se sentir soutenu à ce moment-là.

 

VOUS POUVEZ LES CROIRE

L’inceste n’est pas rare et on n’invente pas des choses pa­reilles. Les enfants ont toujours tendance à minimiser, par

culpabilité, par peur, et pour protéger leurs parents. Vous pouvez croire tout ce qu’ils disent, et même penser qu’ils ne disent pas tout. Des études américaines montrent que moins de 10% des enfants se trompent et beaucoup plus sou­vent par omission que par affabulation.

Il arrive fréquemment que les enfants se rétractent. Il faut imaginer les pressions qu’ils subissent. Un enfant a besoin de beaucoup de soutien pour avoir le courage de continuer à dire la vérité. Une vaste enquête rétrospective menée aux États-Unis et au Canada a montré que dans la grande majorité des cas les faits sur lesquels ont porté une rétractation étaient réels.

 

AGIR

Ne pas signaler le cas d’un enfant en danger relève de la non-assistance à personne en danger ou de la non-dénoncia­tion d’un crime. En tant que voisins, membres de la fa­mille… Toute personne a l’obligation de dénoncer les sé­vices ou privations infligés à un mineur de moins de 15 ans aux au­torités administratives ou judiciaires (art. 62 du code pé­nal). N’hésitez pas, la loi précise même que la présomption d’un abus sexuel suffit à justifier un signalement aux au­torités compétentes. Car en termes d’abus sexuels, présomp­tion vaut certitude. Les enfants peuvent et doivent être protégés.

 

LA PRÉVENTION

Parlez à vos propres enfants. Mais aussi aux enfants des autres, aux copains, aux neveux… La prévention est de la responsabilité de tous. Saisissez les occasions lors­qu’elles se présentent. N’hésitez-pas à en reparler plu­sieurs fois, les enfants oublient. A quel âge ? Dès tout petit, la majorité des situations incestueuses commence avant 10 ans. Expliquer aux enfants ne risque jamais de les perturber, sauf si vous le faîtes dans un but manipulatoire ou pour obtenir obéissance. Il s’agit d’informer et non de faire peur.

Si vous voulez qu’un enfant soit apte à se protéger, il a besoin d’être clairement informé sur la nature de la sexua­lité. L’anatomie comparée des sexes et la confection des bébés … Mais aussi et surtout la dimension du plaisir et du désir, de façon à ce qu’il puisse comprendre que des adultes peuvent avoir des pulsions sexuelles déviantes.

Faire action de prévention c’est enseigner aux enfants à dire NON.

Non à la personne qui lui offre des bonbons, non à la gen­tille dame qui veut le raccompagner… Mais aussi non à son papa s’il lui fait des choses qui le gênent, qui lui font peur ou mal ! L’interdit de l’inceste doit être transmis très tôt à l’enfant. Saisissez tous les « quand je serai grand je me marierai avec toi » pour clarifier : Non, jamais nous ne nous marierons. Jamais nous ne ferons l’amour en­semble. Signalez à l’enfant qu’il arrive que des enfants soient abusés sexuellement par leur père ou leur mère. Et que ce n’est pas normal, que c’est un crime puni par la loi. Les filles ne sont pas seules à être abusées. On trouve 76% de filles, et 24% garçons.

 

DITES LEUR :

Ton corps t’appartient. Les enfants ne sont pas la propriété des parents.

Quand tu ressens de la gêne, tu as le droit de dire non.

Fais confiance à tes sensations. Ce qui te met mal à l’aise n’est pas sain.

Quand un adulte cherche à te séduire, c’est son propre plaisir qu’il cherche.

Il arrive que même des parents cherchent à utiliser leurs enfants pour leur plaisir. Ces parents ont des problèmes. Il faut leur dire Non.

 

 

Enfance et Partage : n° vert 05 05 12 34 – 24h sur 24, 7 jours sur 7

Les enfants aussi peuvent appeler. Ils peuvent demander à être mis à l’écart du foyer quelques temps ou définitive­ment.

 

Film canadien « mon corps, c’est mon corps ». de Moira SIMPSON produit par l’Office National du Film du Canada.

Deux films l’un pour les adultes l’autre e pour les enfants de 6 à 12 ANS, se protéger aussi bien contre les avances d’un inconnu que contre celles d’un parent ou d’une per­sonne en qui il a toute confiance (disponible à la filmo­thèque du ministère des affaires sociales et de l’emploi).

 

Histoires… d’en parler. Film écrit et réalité par Bernard Betremieux. (3 épisodes de 10 minutes) éd. « Je. tu.il… » 42 67 87 94 et Sygma 47 27 70 30. avec la

participation du ministère de la solidarité, de la santé et de la protection sociale.

 

Un petit fascicule destiné aux parents « Les abus sexuels à l’égard des enfants comment leur en parler ? » est édité par le ministère de la solidarité, de la santé et de la protection sociale et le secrétariat d’état à la famille.

La brochure comprend un encart jeu-test pour les enfants de 7 à 12 ans. Diffusion: Comité Français d’éducation pour la santé. 22 rue Lecourbe 75015 Paris

Comment puis-je savoir si j'ai été victime d'un abus sexuel ?

Texte publié initialement dans Psychologie Magazine, dans les années 90.

Quand vous étiez jeune ou adolescent.e vous a-t-on :

  • touché les organes génitaux, ou les seins ?
  • montré des films érotiques ou pornographiques ou forcé à écouter des paroles érotiques ?
  • fait.e poser pour des photographies érotiques ou pornographiques ?
  • soumis.e à des traitements médicaux inutiles ?
  • obligé.e à sucer les organes sexuels d’un adulte ou d’un autre enfant ?
  • violé.e ou pénétré.e d’une autre façon ?
  • embrassé.e, ou tenu.e dans les bras d’une manière qui vous faisait vous sentir inconfortable ?
  • forcé.e à prendre part à une partouze/tournante dans laquelle vous avez été physiquement ou sexuellement torturé.e ?
  • obligé.e à regarder un acte sexuel ou des organes génitaux ?
  • lavé.e d’une façon qui vous a paru intrusive ?
  • ridiculisé.e dans votre corps ?
  • traité.e votre corps comme un objet ?
  • encouragé.e ou guidé.e vers une relation sexuelle que vous ne vouliez pas ?
  • impliqué.e dans de la prostitution ou de la pornographie ?

Je suis victime d'inceste, je veux guérir

Texte publié initialement dans Psychologie Magazine, dans les années 90.

Je n’ai jamais entendu une femme dire : « je suis victime d’inceste, je veux guérir », confie Anne, psychothérapeute. « Elles viennent consulter pour tout autre chose, un mal de vivre, un problème d’alcool, de boulimie ou d’anorexie, des échecs répétés dans leur vie professionnelle ou affective, et c’est souvent longtemps après que l’inceste est mis au jour. »
Car souvent l’inceste est oublié. Ou bien mis à part, isolé du reste. Et il est rare qu’une femme attribue ses difficultés à ce qu’elle a vécu, comme pour ignorer que l’abus dont elle a été victime continue de l’atteindre aujourd’hui. Elle voudrait qu’il n’ait pas ce pouvoir-là, elle voudrait que ça reste un mauvais rêve. Depuis la folie, en passant par l’alcoolisme ou la toxicomanie, jusqu’à une apparente bonne insertion, les rescapées de l’inceste peuvent manifester de grandes différences d’adaptation.

Plus l’abus est précoce, plus les séquelles psychiques seront importantes, bien que souvent moins visibles. Les ados peuvent réagir par des fugues, des tentatives de suicide, des comportements d’automutilation. Les bébés ne peuvent pas fuguer, ils se contentent de s’exiler psychiquement de leur corps. Ils ne sont plus là. « Dans le meilleur des cas, l’enfant s’en tire au prix de sa vie affective et sexuelle, mais souvent au prix de sa vie tout court, en tant que sujet pourvu d’identité », disent les Dr J.G. Veyrat et Mme S. Lefort.

 

Devant le discours paradoxal du père : « ça te donne du plaisir », « hein que tu aimes ça », « c’est bon pour ton éducation », « il faut être libéré »… « Mais surtout n’en parle pas, c’est entre nous »… « c’est toi qui me fais faire ça »… »ce n’est pas de ma faute, tu es trop jolie »… L’enfant, l’adolescente, ne sait plus rien, à l’intérieur d’elle tout devient blanc, vide. Elle voudrait ne plus exister. C’est trop douloureux, elle préfère ne pas sentir. Elle abandonne son corps. Et elle en veut terriblement à maman qui ne dit mot, et donc consent. Elle se coupe en deux, se dissocie. Et développe peu à peu une personnalité double, voire dans certains cas un syndrome de personnalités multiples. Certains pères sont brutaux, d’autres tendres et séducteurs. L’adolescente qui se sent aimée de son père, l’idéalise en retour. Il s’installe entre la fille et son père une complicité contre la mère. Elle va même préférer s’identifier à lui qu’à sa mère, qu’elle méprise, et développer une identité masculinisée. Adulte, il y aura deux femmes en elle. Celle qui souffre en silence et celle qui fait plaisir à papa. Celle qui a honte d’elle-même, qui est mauvaise, sale et coupable… Et celle qu’elle construit pour dissimuler cette saleté, une femme parfaite en tout, conforme au désir des autres(et en premier lieu de son père).

Une rescapée d’inceste est déroutante, elle manifeste souvent une grande maturité, elle est souriante, très attentive aux autres, hyperactive et efficace… Mais son intelligence et son hypervigilance contrastent avec sa vulnérabilité affective. D’apparence très indépendante, elle se confie peu et n’aime pas que ses amis la voient en détresse. Car derrière le masque de la femme parfaite, il y a une femme anxieuse qui se déteste. Une femme blessée d’une grande fragilité émotionnelle, confuse et dépendante, qui éprouve de grandes difficultés à tolérer un délai ou une frustration. Une femme écartelée entre rage et soumission.

Christine se débrouille bien dans sa vie, mais elle est victime de crises d’angoisse qui surgissent sans objet. Véronique elle, est prise de phobies d’impulsion agressives vis-à-vis de son bébé. Une envie brutale et quasi irrépressible de faire du mal, de taper, frapper, pincer, l’enfant dépendant d’elle.

Catherine contrôle son angoisse à l’aide de compulsions de rangement. Ses chaussures doivent être mises très précisément l’une à côté de l’autre. Elle rectifie sans cesse la place des objets sur son bureau. Gisèle est boulimique, Irène est anorexique. Toutes les deux cherchent à faire disparaître ce corps qui les gêne.

D’autres choisissent l’alcool, la toxicomanie, avec le but de ne plus sentir, de se détruire. Dans la panoplie des dépendances compulsives on trouve aussi : jeu, vols, mensonges, dettes, pertes.

Sur le plan sexuel, c’est le désintérêt total : « tous les hommes sont comme mon père », « on s’en passe très bien ». Ou au contraire l’hyperactivité : « Je n’avais pas de désir mais je ne voulais pas être seule, je couchais vraiment avec le premier venu… « Je ne connaissais que cette façon-là de recevoir de l’amour, avec toujours plus de frustration et de dégoût de moi « .

Hélène, sous des dehors active, et même entreprenante, dissimulait une totale soumission au désir de l’autre : « J’avais l’impression de mener, mais en fait j’étais une vraie femme/objet, je faisais tout ce qu’on voulait. Pour me faire aimer des hommes, j’avais acquis une bonne maîtrise des techniques de l’amour.  »

Beaucoup de femmes victimes d’inceste font l’amour, mais n’ont pas d’orgasme. Elles abandonnent leur corps/objet à leur partenaire. Sylvie se vit comme une « poupée de porcelaine animée ». L’image corporelle a été déchirée. « Mon corps est en morceaux ».

Les séquelles d’un inceste ne se situent pas seulement sur le plan sexuel, mais partout dans la vie quotidienne.

Outre les angoisses et les compulsions, l’histoire souvent se répète.

Sophie a énormément de difficultés à faire confiance, tout en étant souvent d’une naïveté déconcertante. Ayant des « habitudes de victime », elle ne détecte pas les abuseurs potentiels et s’expose ainsi à d’hallucinantes répétitions d’abus dans sa vie.

Le premier psychothérapeute qu’elle consulte la fait poser nue pour des photos sous prétexte de la désinhiber. Successivement deux patrons d’entreprise vont l’engager puis l’escroquer. Elle choisit un avocat pour la défendre, il lui fait des avances. Et devant son refus de céder, il lâche le dossier…

La première réaction de Sophie en présence d’un abuseur est de l’excuser : « il a dit ça, mais… ». Et elle se laisse faire, elle n’imagine pas avoir le pouvoir de dire non. Lorsqu’elle est obligée de constater qu’une fois de plus elle s’est faite avoir, elle réagit par un sentiment d’impuissance. Elle ne se sent pas le droit de se défendre.

La guérison commence par le souvenir. Il peut réapparaître à diverses occasions :

  • face à la vulnérabilité d’un enfant, qui vous rappelle votre propre enfance. Souvent quand l’enfant atteint l’âge auquel l’abus a commencé.
  • le décès des parents.
  • un choc affectif, une trahison, une séparation, un divorce.
  • un viol ou une attaque.
  • ou simplement lors d’une discussion.

Hélène, écoutant Céline évoquer les gestes incestueux de son beau-père, devient nauséeuse, la tête lui tourne, elle n’arrive plus à se concentrer. En sortant elle est prise d’un accès de boulimie. Souvent le corps se souvient de ce que la tête a oublié.

La mémoire remonte à la conscience par flash-backs désordonnés, accompagnés ou non de sensations, un peu comme les fragments d’un puzzle.

La première réaction est toujours le doute : « j’ai construit ça de toutes pièces ». Et devant l’insistance des sensations qui reviennent, on oppose le déni : « Non, ce n’est pas vrai, ça n’a pas eu lieu ». » Non ce n’est pas lui, ce n’est pas possible, ce n’est pas mon père.  »

Il est très important à ce moment-là d’être accompagnée par quelqu’un qui va vous aider à faire face à la réalité. Car ce que vous sentez est vrai. On n’invente pas de telles souffrances. Ce n’est jamais de « l’hystérie ». L’hystérie est une conséquence d’un traumatisme sexuel infantile et non l’inverse. Même si Freud a eu peur des implications de sa première intuition.

Quand le déni ne tient plus devant l’évidence, la victime d’inceste a encore tendance à minimiser : « Il m’a seulement montré des films »… » C’était seulement une fois et très court »… Ce n’est pas une question de temps. Un père peut glisser ses doigts dans la culotte de sa fille en trente secondes. Mais après cela, le monde n’est plus pareil.

Pour s’en sortir il faut regarder les choses en face, et en mesurer la gravité. Pour éviter de ressentir la douleur, les victimes d’inceste ont tendance à rire en évoquant leur histoire. Alors souvent on ne les croit pas, ou on prend ça « à la légère ». Le thérapeute est là pour prendre ça au sérieux, vous soutenir et rétablir les responsabilités. Il va vous aider à arrêter d’excuser « il ne pouvait pas s’en empêcher », « il était saoul », « ma mère ne faisait pas l’amour avec lui » et vous faciliter l’accès à la colère. Sortir toute la rage est nécessaire pour rétablir peu à peu le contact avec ses sensations propres, affirmer son droit au respect et retrouver l’amour pour soi.

Guérir est possible. Quelle que soit l’importance du traumatisme, la durée et la gravité de l’abus. Il n’est jamais trop tard. Il est par contre très difficile de guérir seule. Le secret fait partie du problème, il est important de ne pas le perpétuer. Donc, priorité, briser le silence, en parler à quelqu’un. Mais pas à n’importe qui. Choisissez quelqu’un qui vous croira et sera à même de vous accompagner dans les étapes de la guérison, un professionnel ou un groupe de parole.

©2021 Site internet officiel d'Isabelle Filliozat - Auteure, psychothérapeute et conférencière - Site réalisé par Kozman

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