
Isabelle Filliozat dans Confidences (France 3) : parentalité positive, émotions et parcours
23 avril 2026Mois sans tonte : pourquoi le No Mow May aide la biodiversité en mai
Chaque printemps, une idée simple revient dans de nombreux jardins : ranger la tondeuse pendant quelques semaines. Ce geste volontaire porte un nom : le mois sans tonte. Inspirée du mouvement britannique No Mow May, cette initiative invite les particuliers, les collectivités et les entreprises à laisser pousser l’herbe durant le mois de mai afin de soutenir la biodiversité locale.
Derrière cette action en apparence modeste se cache un enjeu très concret. Depuis plusieurs décennies, les insectes pollinisateurs déclinent fortement. Abeilles, papillons, bourdons et de nombreuses espèces indispensables à l’équilibre naturel trouvent moins de nourriture et moins d’habitats. Or sans eux, la reproduction de nombreuses plantes devient plus difficile, avec des conséquences directes sur les écosystèmes et l’agriculture.
Selon Plantlife, à l’origine du No Mow May, 97 % des prairies fleuries ont disparu au Royaume-Uni depuis les années 1930. Cette donnée illustre un phénomène plus large observé dans de nombreux pays européens : uniformisation des paysages, artificialisation des sols, entretien trop intensif des espaces verts et disparition progressive des fleurs sauvages.
Le mois sans tonte apporte une réponse accessible à tous. Il ne demande ni équipement particulier, ni budget, ni expertise technique. Il consiste simplement à laisser la nature reprendre un peu de place au moment où elle en a le plus besoin.
Qu’est-ce que le mois sans tonte ?
Le mois sans tonte consiste à suspendre la tonte de la pelouse pendant le mois de mai. En quelques semaines, des plantes spontanées peuvent refleurir : pâquerettes, trèfles, pissenlits, véroniques, boutons-d’or ou encore petites graminées utiles à la microfaune.
Ces fleurs souvent considérées à tort comme “mauvaises herbes” jouent pourtant un rôle essentiel. Elles fournissent nectar et pollen aux insectes au printemps, période stratégique où de nombreuses colonies redémarrent leur activité.
Une pelouse coupée très court et très fréquemment devient un espace visuellement propre, mais biologiquement pauvre. À l’inverse, une pelouse laissée librement quelques semaines devient un milieu vivant, nourricier et plus résilient.
Le No Mow May ne signifie pas abandonner son jardin. Il propose surtout de changer de regard : un espace légèrement plus sauvage peut être utile, beau et bénéfique.
No Mow May : l’origine du mouvement lancé par Plantlife
Le mouvement No Mow May a été lancé en 2019 par Plantlife, association engagée dans la protection des plantes sauvages et des habitats naturels. Leur constat était simple : les jardins privés représentent une surface considérable, souvent sous-estimée, capable de devenir un véritable réseau de refuges pour la biodiversité.
Plutôt que de proposer des solutions complexes, Plantlife a choisi un message direct : ne pas tondre en mai. Ce mois correspond à une période cruciale pour la floraison printanière et l’alimentation des pollinisateurs.
Le succès du mouvement s’explique par sa simplicité. Chacun peut participer, que l’on dispose d’un grand terrain, d’un petit jardin ou d’une pelouse partagée. Même quelques mètres carrés comptent. Une zone fleurie isolée peut déjà servir d’étape alimentaire à de nombreux insectes.
Très vite, le No Mow May a dépassé le Royaume-Uni. En France, de plus en plus de communes adoptent désormais une gestion différenciée de leurs espaces verts : certaines zones sont tondues pour les usages quotidiens, d’autres laissées plus naturelles pour favoriser la faune et la flore.
Pourquoi arrêter de tondre en mai change vraiment les choses
1. Nourrir les insectes pollinisateurs
Le premier bénéfice du mois sans tonte est immédiat : offrir de la nourriture. Les fleurs spontanées produisent nectar et pollen, ressources indispensables pour les abeilles domestiques, les abeilles sauvages, les papillons et d’autres insectes utiles.
Sans floraison locale, ces espèces doivent parcourir davantage de distance pour se nourrir, avec un coût énergétique important.
2. Restaurer la biodiversité ordinaire
La biodiversité ne se limite pas aux grandes forêts ou aux réserves naturelles. Elle commence aussi dans les jardins, les trottoirs végétalisés, les talus et les petites pelouses urbaines.
Une herbe plus haute accueille davantage de vie : insectes, vers de terre, micro-organismes, parfois oiseaux venant s’y nourrir. Le jardin devient un maillon d’un ensemble écologique plus vaste.
3. Améliorer la santé du sol
Laisser pousser temporairement l’herbe protège aussi le sol. Les racines retiennent mieux la terre, limitent l’érosion et favorisent l’infiltration de l’eau.
En période de chaleur ou de sécheresse, une pelouse un peu plus haute résiste souvent mieux qu’un gazon ras, rapidement jauni et fragilisé.
4. Réduire bruit, carburant et temps passé
Moins tondre, c’est aussi moins de bruit, moins d’émissions liées aux tondeuses thermiques, moins de poussière et moins de temps consacré à un entretien répétitif. Le bénéfice écologique rejoint ici un bénéfice pratique.
Isabelle Filliozat : protéger l’avenir de nos enfants commence aussi dans nos jardins
Isabelle rappelle avec justesse que l’écologie n’est pas une idée abstraite. Elle concerne directement la vie quotidienne, la santé et l’avenir des enfants.
À propos du mois sans tonte, elle écrit :
« Protéger l’avenir de nos enfants. Le No Mow May, “Mai sans tondeuse” pour préserver la biodiversité (…) est de plus en plus populaire en France. »
Son message souligne une réalité simple : lorsque les insectes disparaissent, ce n’est pas seulement la nature qui s’appauvrit. C’est aussi notre sécurité alimentaire, notre équilibre écologique et la transmission aux générations futures qui sont fragilisés.
Elle rappelle également un constat frappant : autrefois, les trajets en voiture imposaient de nettoyer régulièrement le pare-brise à cause des insectes. Aujourd’hui, cette disparition peut sembler confortable, mais elle traduit un déséquilibre profond.
Le mois sans tonte permet justement de passer d’une inquiétude générale à une action concrète. Chacun peut agir chez soi, à son échelle, sans attendre de grandes décisions politiques.
Comment participer au mois sans tonte sans laisser son jardin à l’abandon ?
Le No Mow May n’impose pas une logique du tout ou rien. Il ne s’agit pas de renoncer à tout entretien, mais d’adopter une gestion plus intelligente de l’espace.
Garder une zone tondue utile
Vous pouvez conserver une partie courte pour les repas en extérieur, les jeux des enfants, le passage ou l’esthétique immédiate autour de la maison.
Créer des zones refuges
Laissez pousser certaines bandes, bordures ou coins moins fréquentés. Ces espaces deviennent rapidement utiles pour les insectes et petites espèces locales.
Tracer des allées
Dans un grand jardin, tondre des chemins au milieu des zones hautes donne une impression soignée tout en maintenant la biodiversité. Le contraste visuel fonctionne très bien.
Observer ce qui apparaît
Le mois sans tonte est aussi une expérience. On découvre souvent des fleurs que l’on n’avait jamais remarquées, des papillons plus nombreux, davantage de chants d’oiseaux ou une vie du sol plus visible.
Ce changement de regard est central : un jardin n’a pas besoin d’être parfaitement uniforme pour être beau. Il peut être vivant, varié et harmonieux.
Les critiques du mois sans tonte : faut-il vraiment tout laisser pousser ?
Le mois sans tonte suscite parfois des réserves. Certains craignent un jardin “négligé”, la présence d’herbes trop hautes, d’allergènes ou d’insectes indésirables. Ces questions sont légitimes, mais elles appellent des réponses nuancées.
D’abord, le No Mow May ne demande pas de laisser pousser sans limite toute l’année. Il propose une pause temporaire, principalement durant le mois de mai, période stratégique pour la floraison.
Ensuite, chaque terrain est différent. Un petit jardin urbain, une résidence collective, une maison en zone sèche ou un espace très fréquenté ne se gèrent pas de la même manière. L’objectif n’est pas d’appliquer une règle rigide, mais de rechercher un équilibre entre usages humains et besoins du vivant.
Enfin, il est possible d’adapter la démarche : tondre partiellement, relever la hauteur de coupe, espacer les tontes ou préserver seulement certaines zones.
Que faire après mai ?
Le mois de mai peut devenir un point de départ plutôt qu’une parenthèse.
De nombreux participants constatent qu’ils n’ont pas besoin de tondre aussi souvent qu’ils le pensaient. Après mai, plusieurs options existent :
Continuer la tonte espacée
Passer d’une tonte hebdomadaire à une tonte toutes les deux ou trois semaines suffit souvent à garder un jardin agréable.
Maintenir des zones naturelles
Conserver une bordure fleurie, un fond de jardin ou quelques bandes hautes permet de prolonger les bénéfices pour la biodiversité.
Tondre plus haut
Une coupe moins rase protège mieux le sol, garde davantage d’humidité et favorise la résistance de la pelouse en été.
Le message porté par Plantlife est clair : tondre moins, plus longtemps.
FAQ – mois sans tonte
Le mois sans tonte attire-t-il les tiques ?
Les tiques dépendent surtout du contexte local (zones boisées, humidité, présence d’animaux). Une pelouse urbaine classique n’implique pas automatiquement un risque important. Il reste utile d’adapter selon l’environnement.
Peut-on participer avec un petit jardin ?
Oui. Même une petite surface fleurie peut nourrir des pollinisateurs. Chaque espace compte.
Est-ce utile en ville ?
Oui. Les jardins urbains, balcons végétalisés et espaces partagés peuvent former un réseau précieux de micro-habitats.
Faut-il semer des fleurs ?
Pas nécessairement. Souvent, la flore spontanée locale réapparaît naturellement lorsqu’on espace les tontes.
Conclusion
Le mois sans tonte est une action simple, peu coûteuse et immédiatement accessible. En laissant pousser l’herbe quelques semaines, chacun peut contribuer à nourrir les pollinisateurs, enrichir la biodiversité et améliorer la résilience de son jardin.
Le No Mow May rappelle qu’un changement utile ne passe pas toujours par de grands gestes. Parfois, il suffit de ne rien faire… pendant un mois.
